Ecolo casse le plan Magnette pour le rail

Frédéric Chardon Publié le - Mis à jour le

Belgique Entretien

Paul Magnette a tranché : le groupe SNCB sera éclaté en deux entités séparées : la SNCB pour le transport des voyageurs d’une part, et Infrabel pour la gestion du réseau ferroviaire d’autre part. Autrement dit, le retour à une entreprise publique unitaire, reprenant toutes ces compétences, n’est plus vraiment une piste pour l’organisation du rail belge. Et cela agace fortement les écolos Isabelle Durant (vice-présidente du Parlement européen, ancienne ministre des Transports) et Ronny Balcaen (député fédéral). Ils étaient en effet favorables à beaucoup plus de coopération entre les différentes ramifications du groupe ferroviaire.

Le modèle proposé par Paul Magnette est considéré par certains comme libéral. Est-ce juste de dire cela ?

Ronny Balcaen (R.B.) : Le modèle "à deux" va permettre la mise en œuvre d’une libéralisation du rail la plus poussée possible, telle que la Commission européenne le rêve et la réalise depuis une dizaine d’années. Il suffit d’ailleurs de voir la satisfaction des députés libéraux et de la N-VA en commission sur le projet de réforme. C’est un bon indicateur de l’aspect libéral de la réforme portée par Magnette.

Isabelle Durant (I.D.) : Il part du présupposé que la concurrence va être la clef pour le développement du rail en Europe. L’idée est donc de bien séparer opérateur de transport et gestionnaire de l’infrastructure pour permettre à un maximum d’entreprises d’entrer sur le marché. Alors qu’il faut plus de coopération entre ces entités, justement C’est complètement fou !

Pourquoi alors un ministre socialiste défend-t-il un tel projet ?

R.B. : D’abord, parce que c’était dans l’accord de majorité. Mais on se situe aussi très clairement dans un jeu de rapports de force politique. Dans les priorités que le PS a défendues durant les négociations gouvernementales, le rail n’y figurait pas Dans la volonté fortement flamande et libérale d’arriver à une simplification de la structure du groupe SNCB, le PS a très rapidement laissé tomber la volonté d’arriver à un modèle plus intégré. La seule priorité pour le PS dans cette affaire, et ce n’est pas une mauvaise chose, c’était de maintenir l’unicité du statut du cheminot. Ce sera d’ailleurs le cas.

I.D. : Si on garde le statut unique des cheminots, pourquoi faut-il alors brader en même temps le statut des entités du groupe ? Les cheminots auront le même statut professionnel mais je peux vous dire qu’ils souffriront au quotidien de la fragmentation du groupe au niveau de leurs conditions de travail. Par ailleurs, la qualité du service va s’en ressentir.

Si la réforme est mise en œuvre, Infrabel va monter fortement en puissance…

R.B. : Le patron d’Infrabel, le socialiste Luc Lallemand, a exercé un intense lobbying, ces derniers mois. On se rend compte aujourd’hui qu’il a très bien réussi : dans la nouvelle répartition des compétences, Infrabel qui s’en sort admirablement bien. La SNCB n’aura plus aucune vue sur les gares, elle perd toute la question de la gestion des opérations à quai (départs des trains, etc.). Tout cela va passer de la SNCB vers Infrabel. Et on ne sait toujours pas quel sera le rôle des accompagnateurs de trains dans ce schéma. Le gestionnaire de l’infrastructure va devenir hyperpuissant. En donnant à Infrabel toute une série de missions en contact direct avec les usagers, le gouvernement entretient ce que tout le monde dénonce : l’opacité, le manque de transparence, le fait qu’on ne sait pas à qui s’adresser quand il y a un problème.

Pourquoi la Flandre est-elle en faveur de cette séparation du groupe SNCB en deux entités ?

I.D. : La SNCB unitaire était à l’image de la vieille Belgique qu’on n’aimait pas trop : la clef de répartition 60-40 des crédits entre Nord et Sud, la politique du gaufrier Tout le système belge se retrouvait dans la SNCB de l’époque. Aujourd’hui, une bonne partie de la Flandre considère qu’opter pour un modèle intégré, c’est un peu le retour à la vieille Belgique La séparation claire entre Infrabel et SNCB est aussi la garantie pour certains Flamands qu’on va respecter leur territoire.

Comment ça ? Infrabel pourrait être régionalisée ?

R.B. : Les accords prévoient simplement l’arrivée des Régions dans les conseils d’administration des entités du groupe, elles seront de toute façon associées aux décisions. Mais une régionalisation, c’est sans doute le fantasme de certains en Flandre. En ayant des entités fortement séparées les unes des autres, on peut agir beaucoup plus fort politiquement sur ces entreprises. Certains imaginent peut-être déjà une régionalisation de l’infrastructure ferroviaire qui est une question de territoire. La Flandre, avec son argent, pourrait vouloir gérer cela elle-même, mais cela semble assez incroyable à mettre en œuvre vu la densité du réseau et son enchevêtrement territorial.

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