Belgique

ANALYSE

Pour une première «participopposition», les écologistes en ont vu des vertes et des pas mûres. Se doutaient-ils, ce soir du 13 juin 1999, debout sur les tables de «La Tentation» pour fêter leur score historique de 18 pc, qu'ils connaîtraient très vite des lendemains qui déchantent? C'est qu'a priori, Ecolo n'était pas prévu dans la distribution des prix d'après-élections: contraints et forcés par le résultat des urnes, socialistes et libéraux ont dû leur faire une place dans l'arc-en-ciel.

Amère victoire. «Quand c'est vert, on avance!» - leur slogan de 1999? Voire. Début juillet, quand les militants réunis en assemblée générale doivent donner leur feu vert, ils le font en se déchirant ouvertement entre les participationnistes et les autres. Et en sacrifiant Jacky Morael à qui Ecolo doit pourtant tout et singulièrement son accession au pouvoir. Pour la base, l'homme est «trop politique»... Isabelle Durant, sa complice du SF, et Olivier Deleuze, chef sortant du groupe à la Chambre, monteront au fédéral.

Ecolo pare alors au plus pressé: former des cabinets; mettre sur pied des groupes parlementaires. Il faut trouver des experts, des juristes, des conseillers... On puise dans les forces vives rassemblées lors des États généraux de l'écologie politique, qui ont frotté les verts à la société civile. Pour le nouveau secrétariat fédéral, on verra plus tard - ce sera en novembre avec l'élection du trio (Jacques Bauduin, Philippe Defeyt, Brigitte Ernst).

Entre-temps, les verts commencent par un solide baptême du feu. Le premier jour de la législature (!), le lundi 12 juillet 1999, Olivier Deleuze, secrétaire d'État à l'Énergie, bloque l'exportation vers le Pakistan de matériel nucléaire destiné au Pakistan. Quoi, ces écologistes ont l'outrecuidance de remettre en cause des accords passés? Bardaf, c'est la - première - embardée! Résultat: les vilains verts qui jouent le poil à gratter au gouvernement seront désormais privés de cette compétence (récupérée par le ministre des Affaires étrangères, Louis Michel).

Le deuxième couac arrive au tout début de l'année parlementaire (le 5 octobre 1999) : c'est le renvoi vers la Slovaquie de 74 Tsiganes déboutés du droit d'asile. Chez les verts, on hurle contre la méthode (le traquenard tendu par la police pour convoquer les intéressés) et la nature même de l'opération qui ravive d'odieux souvenirs. Ecolo est à deux doigts de quitter le navire gouvernemental. C'est - encore - Jacky Morael qui, en coulisses, sauve la mise en arrachant à l'arc-en-ciel un moratoire contre les expulsions collectives.

Pour les verts, la vie dans la majorité ne sera jamais un long fleuve tranquille. Bien au contraire. Les dossiers piégés s'accumulent, de l'interdiction des vols de nuit à Zaventem à celle de la pub tabac à Francorchamps, en passant par la livraison d'armes au Népal, la SNCB et autres couleuvres à avaler.

En jouant les empêcheurs de tourner en rond à l'intérieur de l'arc-en-ciel, Ecolo irrite ses partenaires et... l'opposition - le CDH - à qui, en matière de critique gouvernementale, il vole régulièrement la vedette. Tout au long de la législature, libéraux et socialistes font comprendre aux écologistes qu'ils sont juste tolérés dans le pré carré du pouvoir.

Cet ostracisme dure jusqu'au 1er mai 2002 quand, après avoir laissé mariner les verts dans leur coin, Elio Di Rupo les invite à rejoindre les socialistes dans un pôle des gauches. Un pôle? S'allier bille en tête avec un parti qui, malgré sa rénovation, ne s'est pas débarrassé de tous ses réflexes partisans ni de son fonctionnement clientéliste? Horreur, vous n'y pensez pas! Pour des écologistes soucieux de faire de la politique autrement, le «oui» plutôt enthousiaste de Jacques Bauduin va trop vite et trop loin. Ecolo en perd une nouvelle fois la tête: le secrétariat fédéral Bauduin-Ernst-Defeyt est contraint à la démission. Le 7 juillet 2002, un nouveau trio - Philippe Defeyt, Evelyne Huytebroeck et Marc Hordies - lui succède sur un score nord-coréen (96,72 pc des voix) obtenu en assemblée générale. Ecolo repart pour un tour...

Finalement, PS et Ecolo concluront en septembre 2002 des «convergences à gauche» autour de 5 engagements: qualité de vie, solidarités, développement durable, démocratie, mondialisation. Point.

Et après le 18 mai? Les sondages d'avant-scrutin montrent de façon récurrente qu'Ecolo peine et tire la langue. Les 18 pc semblent bien loin. «On doit tout faire pour convaincre les hésitants au cours des trois semaines qui restent avant les élections» , disait lundi Evelyne Huytebroeck. Dans les instances du parti, on peaufine l'argumentaire vert au cas où on serait invité à table. Pour, cette fois, gagner les négociations si on perd les élections?

© La Libre Belgique 2003