Belgique

Mixité sociale à l’école, réseaux, formation des maîtres, taille des classes, socles de compétences, informatique à l’école, regroupement en académies, devoirs à domicile, cours de philosophie, autonomie des écoles, sans compter le retour du manuel scolaire ou même le poids des cartables : voilà quelques sujets par lesquels on a abordé, ces dernières années, la question vitale de l’enseignement en Belgique francophone. Mais ces sujets sont-ils importants ? La récurrence de certains n’en occulte-t-elle pas d’autres qui auraient un impact plus grand sur les performances des élèves ?

Ce sont les questions posées par John Hattie, professeur à l’université d’Auckland (Nouvelle-Zélande), dans son livre "Visible Learning". Le chercheur y répond via la technique des méta-analyses, synthétisant 50000 études portant sur 200 millions d’élèves. Vertige du quantitatif ? Peut-être, mais en même temps, une louable tentative de faire parler, à un niveau global, les myriades d’expérimentations pédagogiques conduites de façon éparse et locale.

L’effort aboutit à un baromètre permettant de positionner et de comparer les réformes et les innovations touchant à l’école en fonction de leur impact sur la performance scolaire. Rapportons dès lors quelques discussions récentes en Communauté française à cette métrique. L’exercice livre cinq leçons :

1. En matière éducative, quasi-tout a un effet positif sur la performance des élèves. Exceptions notables : le redoublement, la télévision, les changements d’école.

2. Si à peu près tout produit un effet, la question critique devient l’ampleur de cet effet. Plusieurs thèmes qui monopolisent les débats en Communauté française (réseaux scolaires, taille des classes, cours philosophiques, devoirs à domicile ) portent sur des aménagements structurels qui exercent, sur les résultats des élèves, une influence certes positive mais marginale, et moindre que les actions qui ont pour agent dominant l’enseignant et l’élève.

3. La formation initiale des enseignants ainsi que le niveau de maîtrise de leur sujet se situent dans le groupe des facteurs d’influence les plus faibles. C’est préoccupant, y compris pour l’auteur de ces lignes qui travaille partiellement dans ce domaine. Comment changer ce constat ? Peut-être en recentrant la formation sur la connaissance et la maîtrise des meilleurs contributeurs à l’apprentissage tels que mis en évidence par la recherche. 4. L’étude Pisa reviendra tôt ou tard. Si elle déclenche un nouveau concert de lamentations, nul doute que le remède invariablement avancé, une mixité scolaire accrue, occupera à nouveau le terrain, avec une certaine pertinence cette fois : les méta-analyses créditent, avec nuances, le statut socio-économique des parents et de l’établissement d’une influence indéniable. Hattie recense néanmoins 32 facteurs plus influents. Car voici les gagnants

5. Dans le peloton de tête des facteurs d’impact, on trouve, entre autres, les pratiques d’auto-évaluation, l’accroissement des feedbacks aux élèves, l’offre de critères de réussite clairs et compris, les occasions de travailler la métacognition, c’est-à-dire tous leviers susceptibles de rendre l’apprentissage plus tangible aux yeux de l’enseignant et de l’enseigné.

La majorité de ces "révélateurs" pédagogiques sont dans les mains des enseignants. Ils sont donc la plus grande source de variation des performances scolaires. A chaque rentrée scolaire, la même loterie se joue pour chaque élève. Elle porte moins sur l’établissement dans lequel il poursuivra sa scolarité (ce dont on aime parler : les inscriptions) que sur les enseignants qu’on lui assignera et qui exerceront une influence forte ou négligeable sur sa performance scolaire. Hattie fait ainsi clairement ressortir que les leviers d’amélioration majeurs sont à rechercher d’abord à l’intérieur des écoles, voire des classes, et non pas entre les écoles.

On pourra objecter au travail de Hattie que les méta-analyses brassent et lissent des études très disparates, qu’il se base sur du matériel anglo-saxon ou qu’il est d’autres dimensions de la formation que la performance. Il reste à cette recherche de 15 ans le mérite de poser la question : "débat-on des bons sujets, parle-t-on de ce qui compte vraiment pour l’apprentissage ?". Bien entendu, il est plus confortable, et peut-être plus politiquement porteur, de disserter sur les réseaux, la taille des classes ou les "écoles adossées" que de prendre à bras le corps les facteurs d’impact occupant la tête du classement de Hattie et qui cependant renferment l’essentiel de l’avenir scolaire de nos enfants.