Belgique

L’Eglise catholique de Wallonie ou pour être plus précis : les catholiques wallons, ceux de la base comme ceux de la hiérarchie, doivent s’impliquer davantage dans les enjeux et défis de la société wallonne.

A quelques encablures de son trentième anniversaire, le mouvement Eglise-Wallonie qui contrairement à ce qu’avait cru il n’y a guère Mgr Léonard, alors encore évêque de Namur n’est pas une association de la pastorale du tourisme sudiste mais bel et bien un lieu de réflexion et d’engagement spirituel et sociétal dans l’environnement de l’émancipation wallonne, est vraiment à la croisée des chemins. Et l’association qui est née de façon informelle en 1980 avant de s’organiser trois ans plus tard, entend donc relancer son action en espérant y sensibiliser les instances ecclésiales wallonnes mais aussi les pouvoirs politiques.

Dans quelques mois, sans doute en novembre, il tiendra une assemblée générale pour faire le point sur ses activités et ses projets mais le moment est déjà venu de traduire concrètement un certain nombre de ses attentes qui avaient été exprimées en 2009 lors de son vingt-cinquième anniversaire par des chrétiens mais pas uniquement puisqu’à l’époque, le président Luc Maréchal et son équipe avaient aussi donné une large place à Jean Louvet et aux promoteurs/animateurs du Mouvement du Manifeste wallon.

C’est que l’on peut être à la fois chrétien, wallon et ouvert au monde et donc se retrousser les manches avec les autres acteurs du devenir wallon.

"L’action d’Eglise-Wallonie se structure autour de trois axes, explique son président, Luc Maréchal qui a pris le relais de son fondateur, l’ancien sénateur Jean-Emile Humblet. Il y a bien sûr un axe mémoriel. On ne peut pas construire son futur sans savoir d’où l’on vient. C’est ce qui nous a amenés depuis le début à travailler sur l’histoire de la Wallonie mais aussi sur les mouvements chrétiens et des personnalités de ceux-ci qui ont contribué à la construction de la Wallonie. Mais nous ne sommes pas une société savante historique, nous entendons aussi contribuer au développement institutionnel de notre région. L’Eglise doit selon nous mieux reconnaître ces institutions. Lorsque nous nous sommes organisés en 1983, on nous a pris pour des iconoclastes et il faut avouer qu’il y a encore du chemin à parcourir ! Il y a une interrégionale wallonne de la CSC et de la FGTB, une Union wallonne des entreprises; à quand dès lors une Union wallonne des évêchés ?" Mais le mouvement ne veut pas de changement institutionnel "sans la participation à la construction d’un projet wallon, à la fois de mieux-vivre, de mieux-être, un projet fondé sur une identité qui n’ignore pas la diversité et surtout un projet axé sur la solidarité qui ne laisse personne sur le bord de la route".

Les propositions réunies dans la publication "Wallonie, Eglise. Turbulences et espérances" (1) peuvent servir de base à cette relance. Mais plusieurs acteurs de la journée de 2009 n’ont pas caché, à titre personnel, ce lundi à Namur que ce ne sera pas nécessairement facile avec une hiérarchie romaine "gérontocrate" voire "autiste" dont les priorités sont aux antipodes d’un engagement progressiste. Et aussi parce que la hiérarchie épiscopale wallonne semble encore bien frileuse : dans la foulée de deux de ses glorieux prédécesseurs dans le diocèse de Namur M gr Mathen et M gr Musty, l’actuel évêque auxiliaire de Namur, M gr Warin sollicité pour préfacer l’ouvrage précité avait accepté mais il en fut finalement découragé par les siens. "Pourtant , précise l’historien Jean Pirotte, autre compagnon de route de Eglise-Wallonie, notre mouvement n’est pas antiflamand, tout au contraire, il y aurait aussi pas mal de choses à puiser chez nos frères de Flandre..." Ce n’est pas perdu : plusieurs organes catholiques flamands ont demandé des précisions sur les projets d’Eglise-Wallonie

(1) Rens. : Eglise-Wallonie, 20, Verte Voie, 1348 Louvain-la-Neuve, tél./fax : 010.45.51.22 ou eglise_wallonie@ yahoo.fr; site : www.eglise-wallonie.be