Belgique

EN CAMPAGNE

Ce jour-là, l'ambiance est un rien électrique autour de la table du petit-déjeuner, dressée dans la salle d'apparat de l'hôtel de ville de Mons. Le bourgmestre, costume gris très clair et noeud pap, évidemment, reçoit les délégués des étudiants des universités montoises un peu moroses parce que les riverains du quartier du Marché aux Herbes se plaignent des nuisances nocturnes dues à leurs festivités. Fermer les cafés à 4 heures du mat'? Il n'en est évidemment pas question pour les moins de vingt ans. «Et où voulez-vous que fassent les «after» après quatre heures? Normal qu'il y ait des bagarres. Si on ferme les cafés et qu'on a encore envie de s'amuser, la tension monte...»

Di Rupo, qui a sans doute plus guindaillé dans sa vie que les six jeunes qu'il a devant lui ensemble, n'a aucune envie de se faire traiter de «vieux». Avec une patience d'ange, il leur explique que lui, il doit concilier la légitime exigence de quiétude des riverains, la nécessaire sécurité des habitants de Mons avec l'envie, compréhensible, des étudiants de faire la fête et la prospérité des cafetiers.

Débat vif

On file à Bruxelles au siège de la CSC pour des mini débats entre présidents de partis francophones et flamands. Retard. Di Rupo se faufile, non sans prendre le temps - c'est un vrai réflexe chez lui - de saluer chaleureusement toutes les personnes qu'il croise dans les couloirs. Débat parfois vif avec les présidents des partis flamands, Karel De Gucht (VLD) et Stefaan De Clercq (CD&V), qui en remettent une couche en matière de régionalisation de la Sécu. «Si vous voulez une République de Flandre, dites-le à vos électeurs, organisons un référendum. Mais nous, nous n'irons pas là où les présidents des partis flamands veulent nous conduire,» martèle Di Rupo.

Déjeuner dans un resto italien sympa de la rue de l'Enseignement à Bruxelles. À son entrée, on se pousse du coude pour signaler sa présence. Ici et là, d'ailleurs, on le hèle «Elio! Elio!» Il passe entre les tables, serre des mains, distribue des sourires et commande déjà le repas qu'il veut frugal et rapide. Jambon de Parme puis pâtes bien relevées. Il fait confiance pour le plat mais se montre sévère pour le vin.

Changement de costume et de chemise pour un entretien à Canal+ avec Hervé Meillon qui a eu la bonne idée de proposer une série d'entretiens décalés avec 25 hommes politiques en campagne. «Pour la télé, il faut être en forme, commente le président du PS. La moindre erreur se paye cash. Je me repose avant chaque passage, je prends une douche, j'écoute de la musique. Et j'essaye de garder la forme: je fréquente trois clubs de gym, deux à Bruxelles et un à Mons.»

Hervé Meillon annonce des mots, Di Rupo réagit:

Enfant? Il raconte la mort de son père, quand il avait un an. Il raconte l'amour de sa mère et les mots de ce professeur, M. Aubry, qui lui a dit, un jour: «Di Rupo, tu vaux quelque chose».

Femme? «L'avenir de l'homme serait chez la femme» répond-il. Meillon insiste: «Ce n'est pas votre choix?» Di Rupo nuance: «Ce n'est pas mon choix absolu maintenant, mais j'ai vécu pendant 20 ans avec une femme que j'ai aimée».

Jospin ou Mitterrand? «Mitterrand, évidemment, un personnage de roman.»

Au démaquillage, il croise Reynders, Hasquin et Miller. En les entendant, les carottes semblent cuites pour la reconduction.À la sortie de Canal+, un petit garçon, accroché à sa maman, regarde le président du PS comme s'il croisait Saint-Nicolas. Di Rupo s'arrête, échange quelques mots avec Kevin.

La journée se termine à Droixhe pour un débat sur l'intégration avec quelques associations locales.Éreintante, cette campagne, mais il l'aime: «C'est un moment très intéressant où le contact avec la population s'intensifie.»

© La Libre Belgique 2003