Belgique

C’est le CHU Brugmann qui avait prévenu la police de Bruxelles : une jeune femme avait quitté la veille au soir l’hôpital contre l’avis des médecins avec son bébé né cinq jours plus tôt. Elitsa Ivkova, qui allait avoir 24 ans, était inconnue de l’hôpital avant de venir y accoucher. A son arrivée, elle n’avait ni vêtements, ni bagages pour elle-même ou pour l’enfant.

Durant son séjour à l’hôpital, entre le 3 et le 8 mars 2012, elle n’avait reçu aucune visite. Elle avait signalé qu’elle logeait chez un couple à Jette. D’après ses dires, elle s’y trouvait au départ avec son ami, père de l’enfant, mais celui-ci l’aurait abandonnée et serait reparti en Bulgarie après une grosse dispute.

A peine deux heures après que la police fut prévenue, l’hôpital a reçu un mystérieux appel par téléphone. Une femme - que l’enquête ne pourra identifier - se présente comme étant la mère d’Elitsa. Elle dit que celle-ci et son bébé se trouvent dans un appartement à Laeken chez une certaine "Remziye".

La police se rend dans cet immeuble qui abrite une pizzeria. Le restaurateur, Tugay Kokten, dit qu’un certain Remzi a bien habité dans l’immeuble mais qu’il est parti il y a trois ans.

Six jours plus tard, la police revient. Elle présente à Tugay Kokten une photo d’Elitsa. Il dit ne pas la connaître. Les policiers insistent et demandent à visiter l’appartement à l’étage. Elitsa Ivkova s’y trouve. Seule. Il n’y a pas de traces de son bébé.

Ils sont emmenés pour audition. Tugay Kokten, un homme de 53 ans marié et père de famille, dit ne pas savoir qu’elle était enceinte.

Les policiers menés en bateau

Elitsa Ivkova raconte qu’enceinte, elle est arrivée en Belgique car une amie lui avait suggéré de venir y travailler dans un snack. Une fois sur place, elle dira que cette "Maria", prostituée, lui a proposé de se prostituer en vitrine. Ce qu’elle a refusé. C’est cette Maria qui l’aurait conduite à l’hôpital et l’y aurait repris. De retour, Maria et son proxénète "Bobby", l’auraient mise à la porte et auraient gardé le bébé. Elle se serait réfugiée alors chez Tugay Kokten.

Invitée à consulter l’album de la police contenant les prostituées bulgares, Elitsa désigne Maria et Bobby. Mais les policiers, sur base d’un relevé des appels du GSM d’Elitsa, identifieront une de ses tantes installée avec son compagnon à Bruxelles. L’homme, entendu avec Elitsa, lui signalera qu’il ne croit pas à l’existence de cette Maria.

Elitsa modifie alors sa version. Elle dit qu’elle a abandonné son bébé à un arrêt de tram près du CHU Brugmann. L’oncle dit qu’il ne la croit pas non plus. Elitsa, en pleurs, craque et explique qu’elle a jeté son bébé vivant dans le canal à hauteur du square Jules de Trooz à Bruxelles. Le corps sera effectivement repêché dans les eaux le 23 mars.

Elle expliquera qu’elle n’avait pas voulu ce bébé - qu’elle avait prénommé Suzana. Elle ne pouvait élever cet enfant qui n’aurait pas de père. Elle variera, parlant d’un homme avec qui elle a eu une relation fugace en Bulgarie, ensuite d’un homme qui se drogue et qui serait "maquereau". L’enquête établira finalement que c’était Tugay Kokten qui était son amant. Mais il semble bien qu’il n’était pas au courant de sa grossesse. Il n’a en tout cas pas été impliqué dans la mort de Suzana.

Vingt minutes de réflexion

Elitsa dira qu’avant son geste, elle avait réfléchi 20 minutes, se demandant si elle allait abandonner ou jeter à l’eau son bébé. Elle a déclaré qu’elle n’avait pas voulu regarder son visage avant de le jeter à l’eau et que, suite à son geste, elle s’était mise à trembler en se demandant ce qu’elle avait fait.

Elle mettra en cause le personnel du CHU Brugmann, affirmant de manière confuse qu’il n’avait eu aucune compassion pour elle. Le personnel a été entendu. Il a indiqué que rien chez Elitsa qui s’occupait bien de son enfant ne laissait présager cette issue.

Son procès, pour assassinat, s’ouvre jeudi devant les assises de Bruxelles.