Elles avaient vingt ans en 14-18

PAUL VAUTE Publié le - Mis à jour le

Belgique

Elle fêtera ses 106 ans le 22 décembre prochain. Marie-Marthe Vuylsteke, née Spruyt, est la doyenne d'Anvers et l'une des dernières engagées survivantes de la Première Guerre mondiale.

Son histoire est celle d'un héroïsme très ordinaire pour temps tragiques. Devant l'invasion allemande, sa famille s'était enfuie de la Métropole en remorqueur jusqu'à Flessingue et de là vers l'Angleterre. Volontaire avec sa soeur, Marie-Marthe reçut sa formation d'infirmière au King Albert Hospital à Highgate-Londres. De septembre 1915 - elle avait alors 19 ans - à la fin du conflit, elle soigna les blessés ramenés du front, dans la capitale britannique jusque fin 1917, puis à l'hôpital militaire de Cabourg en France.

Opérations de la dernière chance, amputations, gueules cassées... ont constitué son quotidien au service des soldats qui savaient le prix d'un tel dévouement. «Elle a reçu des tas de photos signées avec des mots de remerciements, nous dit son fils Emmanuel Vuylsteke. Si nous en avions le temps, nous pourrions essayer de prendre contact avec les familles de ces gens.» Parmi les souvenirs qui ne l'ont jamais quittée, il y a celui de la première nuit passée sans fermer l'oeil parce qu'il fallait réveiller la supérieure à cinq heures!

Au lendemain de l'Armistice, la jeune femme fut couverte de distinctions honorifiques - Médaille de la Victoire, Médaille commémorative de la Guerre 1914-1918, Médaille de la Reine Élisabeth avec croix rouge. Elle rencontra son futur époux, Charles, lui-même auréolé de gloire, ayant passé quatre ans au front. Originaire de Menin, il est décédé en 1965 à l'âge de 75 ans.

Curieusement, la plus ancienne des dames en blanc n'est inscrite ni à la Caisse nationale des pensions de guerre ni à l'Institut national des invalides de guerre. Tout simplement parce qu'elle n'a rien demandé: «Je crois que cela doit être dû à l'influence de son père, un grand avocat qui était aussi quelqu'un de très austère et un Belge très convaincu, explique M. Vuylsteke. Il a accepté l'engagement de ses filles mais il se serait opposé à ce qu'elles reçoivent une rémunération parce que pour lui, c'était un devoir. Après la guerre, elle est restée effacée, derrière son mari qui était très actif dans les mouvements d'anciens combattants. Elle n'avait pas tendance à se mettre en avant.»

Aujourd'hui, la plus que centenaire est en assez bonne santé et vit dans une résidence pour personnes âgées. «Elle joue au scrabble à une vitesse incroyable. Ce qu'elle n'a plus, c'est la mémoire immédiate, mais c'est normal à cet âge.»

Qu'en est-il des autres survivants belges? Ce 11 novembre, comme chacun le sait, sera le premier où l'on ne verra plus Paul Ooghe, le poilu de l'Yser, à la colonne du Congrès aux côtés du Roi. Mort à Anderlecht le 8 septembre dernier alors qu'il avait franchi le cap des 102 ans, il avait rejoint l'armée en 1916, sans doute en trichant quelque peu sur son jeune âge d'alors. Sa disparition a suivi de trois mois celle de Michiel Coghe, de Gits (106 ans), un autre dernier homme.

À L'HÔTEL «L'OCÉAN»

Sur les listes de la Caisse ne figure plus que le nom d'Helvina Massaer de Heist-op-den-Berg, née le 22 avril 1900, formée elle aussi au King Albert Hospital et envoyée à La Panne, à l'hôpital installé dans l'hôtel «L'Océan» où l'on pouvait croiser la reine Élisabeth.

En reste-t-il encore, ignorés des registres, partis à l'étranger ou désireux de garder l'anonymat? Il peut arriver qu'un nom émerge, comme celui d'Émile Brichard, né à Arsimont le 20 décembre 1899 et vivant à Villers-Poterie près de Gerpinnes. Selon les informations relevées par notre collègue Roger Rosart dans le «Journal des combattants» (publié par la Fédération nationale des anciens combattants), ce nouveau venu - façon de parler - a d'abord travaillé en Grande-Bretagne avec ses parents dans des fabriques de guerre avant d'être incorporé à Paris, envoyé au camp d'Aubourg, près du Mans, et versé dans une unité médicale. Il a vécu la dernière année de la guerre à La Panne d'où on l'envoyait relever les blessés des tranchées. Comme Helvina Massaer, il a été attaché à l'hôpital de «L'Océan». Comme elle, il est sorti de la grande épreuve, armé pour une longue vie.

© La Libre Belgique 2001

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