Els Clottemans évite la perpétuité

Annick Hovine Publié le - Mis à jour le

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Il est 14 h 13. L’instant est crucial pour Els Clottemans, une institutrice de 26 ans, qui a saboté les parachutes de sa rivale en amour Els Van Doren. Au cours du saut fatal, le 18 novembre 2006, la victime, mère de deux enfants, s’était écrasée dans un jardin d’Opglabbeek.

Dans quelques secondes, elle sera fixée sur la peine que le jury et les magistrats de la cour d’assises du Limbourg ont choisi de lui infliger pour avoir assassiné celle qui avait la première place dans le cœur de Marcel Somers, leur amant commun. La salle du palais de justice de Tongres a les yeux rivés sur celle qu’on appelait Babs dans le club de parachutisme de Zwartberg, où les protagonistes du drame se sont rencontrés. Dans la matinée, elle avait refusé de dire un dernier mot, secouant la tête en signe de dénégation.

Le président de la cour d’assises cite tous les articles du code pénal auxquels se réfère l’arrêt. Du charabia juridique pour le commun des mortels et sans doute aussi pour la jeune femme. De longues minutes s’égrènent, qui paraissent interminables.

A 14 h 25, la peine tombe : Els Clottemans est condamnée à 30 ans de réclusion pour l’assassinat d’Els Van Doren, 38 ans, à l’époque. Debout devant la cour, la jeune femme, qui semble résignée, ne sourcille ni ne pleure. On apprendra un peu plus tard par son avocate, Me Katrien Van der Straeten, que la jeune institutrice avait éclaté en sanglots dans la cellule du palais de justice de Tongres, où elle a été emmenée à la fin de l’audience.

Dans leur motivation, la cour et le jury n’ont retenu aucune circonstance atténuante dans les faits, "particulièrement graves et horribles", et notamment l’exécution sans pitié de l’assassinat. Els Van Doren a dû voir arriver sa fin prochaine en pleine conscience, poursuit l’arrêt. En revanche, ils ont tenu compte de la personnalité fort perturbée d’Els Clottemans, qui nécessite un accompagnement intense, et du fait qu’elle avait entamé d’initiative une thérapie en janvier 2008 à sa sortie de prison, après un an et dix jours de détention préventive.

Dans son réquisitoire, l’avocat général Patrick Boyen avait requis la réclusion à perpétuité. Pas question, pour lui, de reconnaître la moindre circonstance atténuante dans le chef de Babs. Aucune. Et certainement pas dans les faits, atroces : "On a pu voir sur les images vidéo votre attitude avant l’exit (la sortie de l’avion, lors du dernier saut fatal à la victime, NdlR) , comme vous étiez cool." Alors qu’Els Van Doren allait chuter de 4 700 mètres de haut. "Que vous a-t-elle fait pour ça ?", a-t-il lancé à l’intéressée. Qui est restée la tête baissée, sans répondre. "Une personne normale ne ferait pas ça à son pire ennemi; elle l’a fait à sa meilleure amie."

Pas question non plus de minimiser son rôle en chargeant Marcel, l’amant, qui avait lui-même reconnu avoir été le catalyseur de cette tragédie. "C’est vrai, mais on n’est pas à l’église ou à la mosquée pour dire ce qui est bien ou mal. On est dans un tribunal et Els Clottemans est la seule responsable de la mort d’Els Van Doren."

Ni la perte de son père, quand elle avait deux ans, ni son casier judiciaire, vierge, ni sa personnalité ne peuvent être considérés comme des circonstances permettant d’alléger la peine, selon l’accusation. Entre le 11 novembre, date à laquelle Babs a saboté les parachutes, et le 18 novembre 2006, date du saut fatal, 171 heures et 37 minutes se sont écoulées pendant lesquelles l’accusée aurait pu dire "stop", même de façon anonyme, a calculé l’avocat général. "Elle ne l’a pas fait", a-t-il martelé. En conclusion, la perpétuité est la seule peine adaptée à "cette psychopathe qui a infligé la peine de mort à Els Van Doren".

La défense de Babs - plus personne ne l’appelait ainsi jeudi - a demandé en revanche qu’on tienne compte du jeune âge et de l’absence d’antécédents judiciaires de la condamnée. Elle a aussi rappelé son enfance marquée par la perte de son papa, à deux ans, "qui a beaucoup influé sur ses troubles psychologiques", et une adolescence difficile marquée par une tentative de suicide à 16 ans et des automutilations.

Me Katrien Van der Straeten a encore évoqué le rôle de l’amant, qui a eu un impact énorme. "Dans votre tête, coupez la peine à laquelle vous pensez en deux et donnez-en la moitié à Marcel", a-t-elle exhorté. "Il faut une peine adaptée et juste, ce qui ne veut pas dire la plus longue. Ne fermez pas tout à fait la porte. Laissez-lui une lumière pour continuer sa vie."

Me Vic Van Aelst, l’autre avocat d’Els Clottemans, a appuyé : "On a assez parlé de ses problèmes psychologiques dans ce procès. Il faut avoir de la compassion pour les gens malades. Elle n’a pas demandé d’avoir des traits psychopathiques et d’être "borderline", a-t-il conclu en réclamant la clémence et l’humanité du jury et de la cour.

On le sait : la clémence fut avant surtout symbolique. Trente ans de réclusion ou la perpétuité (qui, dans les faits, vaut aussi 30 ans), ça ne fait pas une grande différence. Mais Me Van Aelst estime que c’est pourtant positif. "On a tendu compte de sa personnalité perturbée. Psychologiquement, c’est important de pouvoir mettre un chiffre derrière une peine. Je pense que c’est une consolation pour elle de ne pas être enfermée à vie", a-t-il indiqué en fin d’audience.

Selon son avocat, Els Clottemans continue à clamer son innocence.

Annick Hovine

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