En 14-18, la baisse de natalité a eu plus d’impact que les morts de la guerre en Belgique

Christophe Lamfalussy Publié le - Mis à jour le

Belgique

La Première Guerre mondiale ne fut pas la même pour tous. Certains pays perdirent des centaines de milliers de soldats et de civils. D’autres enregistrèrent moins de pertes dans les combats. C’est le cas de la Belgique, si l’on en croit une étude démographique qui affirme que les pertes de guerre ne représentent que 9,4 % des décès survenus entre 1910 et 1920.

La famine, la grippe espagnole, les décès naturels et, surtout, la baisse de la fécondité eurent beaucoup plus d’impact sur l’évolution de la population, estime le démographe André Lambert, dont l’étude inédite "La Population de la Belgique dans la guerre 1914-1918" sera présentée ce jeudi au Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) à Bruxelles.

Le démographe a puisé dans les rares statistiques de l’époque (l’état civil subsistait pendant la guerre, mais de façon incomplète) pour reconstituer la population belge, année par année, entre 1910 et 1920, en tenant compte du nombre de naissances, de décès et des migrations. Il parle d’une projection de la population non pas dans l’avenir comme on le fait couramment, mais dans le passé.

La guerre a freiné la croissance de la population

Si on compare les deux recensements de 1910 et de 1920, la Belgique a perdu près de 18 000 personnes, "ce qui est assurément très peu si on veut bien se rappeler qu’entre 1991 et 2013, la population de la Bosnie a diminué de 600 000 unités sur un total de 4,5 millions de personnes, principalement du fait de la faible fécondité et de l’émigration consécutive à la guerre civile (100 000 morts)", écrit André Lambert.

Mais si le comportement de la population belge d’avant-guerre s’était poursuivi tel quel, sans l’atroce guerre de 14-18, la Belgique aurait compté 400 000 habitants de plus. Le chercheur en déduit donc que ce n’est pas la guerre en elle-même, mais la baisse de la natalité (pour 57 %), liée au départ des hommes jeunes et aux conditions de vie, l’augmentation de la mortalité (27,4 %), due en partie à l’épidémie de grippe espagnole (H1N1) de 1918, et l’émigration (17,6 %) qui expliquent la baisse de population. Le chercheur note aussi plusieurs tendances. La baisse de natalité a débuté avant la guerre, sans doute à cause de la modernisation. L’émigration s’accéléra en 1919 et 1920, car des Belges, dégoûtés par la guerre, s’exilèrent vers les Etats-Unis, pour travailler dans l’industrie automobile, ou au Canada, dans l’agriculture.

L’historienne belge Sophie De Schaepdrijver, qui s’est spécialisée dans la Première Guerre mondiale, trouve l’étude "excellente". Ses résultats correspondent aux recherches historiques. "Cette étude montre une fois de plus que la Belgique a vécu une guerre différente de celle des autres belligérants", nous dit-elle. Car malgré la faim qui a tenaillé la population belge, Ypres complètement rasée, les armes chimiques et le courage des soldats qui se battaient dans les tranchées de l’Yser, la Belgique a perdu comparativement moins d’hommes que les pays voisins.

Près de 100 000 morts à cause des combats en Belgique

L’armée belge a perdu 44 000 hommes, principalement lors de l’invasion, pendant la bataille d’Ypres en octobre 1914 et lors des semaines précédant l’armistice, et environ 60 000 civils. Mais la France a perdu 1,4 million de soldats et 300 000 civils.

L’armée américaine, honorée mercredi à Waregem en présence du président Obama, a perdu 116 000 hommes dans les combats. Le cimetière de "Flanders Field" à Waregem contient les dépouilles de 368 soldats américains.

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