Belgique

Je suis Charlie. Je suis policier." Ce slogan datant de janvier 2015 contraste avec l’image des deux policiers qui s’extirpaient, le mercredi 18 mai, de leur voiture incendiée par un cocktail Molotov. A quelques mètres de la carcasse carbonisée, une pancarte en carton gisait sur le sol avec la mention "poulets rôtis, prix libre", alors que le jour même, les forces de l’ordre françaises étaient dans la rue pour dénoncer la "haine antiflics" qui déferle sur la France. Cet incident n’est en réalité que l’apogée d’une suite de violences subies par la police ces derniers mois. Depuis le début des manifestations contre la loi travail, qui ont débouché sur le mouvement Nuit debout, 350 policiers ont été blessés.

"Mais c’est l’affaire d’une minorité, de quelques centaines d’individus étiquetés d’ultragauche, d’anarchistes, de black blocs. Ils veulent s’en prendre à tous les symboles de l’autorité de l’Etat. Et pour ça, les policiers et les gendarmes sont en première ligne", précise Gaudon Stanislas, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance police nationale. "Se greffent à ces groupuscules certains jeunes des banlieues. Là, c’est plutôt parce qu’ils ont l’impression, justifiée ou non, de faire l’objet d’un harcèlement, de discriminations, de contrôles systématiques d’identité", pointe Eddy Fougier, politologue, chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques, spécialiste des mouvements contestataires.

Une violence physique mais aussi verbale

Si la violence est l’affaire d’une minorité, la stigmatisation des forces de l’ordre prend, elle, plus d’ampleur. "Police partout, justice nulle part", "Frappez pas des cerveaux plus pleins que les vôtres", "Occupons République sans l’Etat et sa police"… Que ce soit sur les murs des bâtiments parisiens ou sur les pancartes de certains manifestants, ces slogans se répandent. "Il y a aussi un ressentiment du côté des syndicalistes, qui représentent une population plus large, même si là on ne peut pas parler de haine", ajoute M. Fougier. L’écusson des CRS et une matraque qui gisent dans le sang : telle est l’image véhiculée par le syndicat Info’Com-CGT pour souligner que "la police doit protéger les citoyens et non les frapper".

M. Stanislas attire donc l’attention sur la "violence verbale, la propagande pour montrer du doigt le policier et expliquer que c’est à cause de lui qu’il y a de la violence sur le territoire français. Cette haine antiflics s’est même répandue dans certains médias", ajoute M. Stanislas. Elles semblent bien loin, les ovations faites aux forces de l’ordre par une foule en deuil qui défilait dans les rues de Paris au lendemain des attentats de "Charlie Hebdo". "Il y a une atmosphère de tension, liée aux menaces terroristes et aux différentes mobilisations. Le grand nombre de débordements peut rendre la situation explosive", reconnaît le chercheur. Cette ambiance fait même resurgir le souvenir du slogan "CRS SS", popularisé en mai 68, lorsque les policiers étaient perçus comme l’incarnation de l’autoritarisme du gouvernement.

"Pas de fracture sociale entre la police et le population"

Mais pour M. Fougier, il s’agit surtout d’une illusion médiatique. "On est tous un peu prisonniers de l’image. Il peut y avoir 100 000 personnes à une manifestation. S’il y en a 30 qui cassent tout, les médias ne vont parler que d’eux. Ça déforme la réalité et ça donne l’impression que la population rejette la police et qu’il va y avoir une révolution imminente."

Selon un sondage Odoxa pour "Le Parisien", 82 % des Français ont une "bonne opinion" des policiers et 91 % affirment même comprendre leur "ras-le-bol"."L’esprit du mois de janvier perdure, il n’y a pas de fracture sociale entre la police et la population. Il y a par contre une fracture très nette avec les groupes extrémistes qui a franchi un cap ce 18 mai. Cet événement a bien illustré le degré de violence extrême que peuvent subir nos collègues et qui ne cesse de monter."