Enfin jugés pour le meurtre du pianiste

Annick Hovine Publié le - Mis à jour le

Belgique

La cour d’assises de Bruxelles-Capitale entame ce lundi le procès de Junior Pashi Kabunda, dont l’adolescence a rimé avec délinquance. A 20 ans à peine, l’accusé principal doit déjà répondre de trois meurtres, d’une tentative d’homicide, de plusieurs dossiers de coups et blessures volontaires, de vente de stupéfiants - on en passe.

Deux actes d’accusation ont été rédigés à l’encontre du jeune Congolais, qui suivent la chronologie de ses odieux méfaits.

Le premier dossier concerne le meurtre de Benjamin Rawitz, pianiste de renommée internationale retrouvé mort dans la cave de son immeuble de la rue des Minimes, le 28 août 2006. Un deuxième homme se trouvera dans le box : Laurent Oniemba Koniemba, un réfugié congolais de 22 ans, accusé comme Junior Kabunda d’avoir tué le virtuose pour faciliter le vol de sa voiture.

Le deuxième dossier, particulièrement lourd, concerne le seul Kabunda : les meurtres de sa petite fille Anaïs, âgée de 18 mois, et de l’arrière-grand-mère de celle-ci, Marcelle Deconinck, le 20 septembre 2009 à Woluwe-Saint-Lambert. Junior, 19 ans à l’époque, avait violé l’aïeule avant de l’étrangler. Le même jour, il avait également tenté de tuer sa compagne Céline, 17 ans, laissée pour morte dans sa chambre, une corde passée autour du cou. La malheureuse, seule à avoir réchappé de la violence de Junior, ignorait, en se réveillant, que le corps de sa grand-mère gisait sous son lit et que celui d’Anaïs se trouvait caché dans le bas de la garde-robe. ("La Libre" du 27/11).

S’agissant de la mort du pianiste, l’enquête n’a permis d’arrêter les deux accusés qu’en mars 2008 - soit dix-huit mois après les faits, commis le 28 août 2006. Revenant d’un concert donné à Enghien, sa tenue de gala sur le bras, Benjamin Rawitz, 60 ans, s’apprêtait à rentrer chez lui, vers 23 heures, quand il a eu le malheur de tomber sur les deux individus en quête d’une victime à dépouiller. L’un a fait mine de lui demander son chemin; l’autre lui est tombé dessus. Les deux voyous lui ont pris un billet de 20 euros, ses cartes de banques et la clé de sa Honda Civic. Mais ils ne se sont pas arrêtés là. Au lieu de fuir immédiatement, ils ont véritablement tabassé le pianiste, en lui décochant de violents coups de pied dans la tête. Benjamin Rawitz, qui a perdu connaissance à plusieurs reprises, a dû voir sa mort arriver

Chacun des deux protagonistes désigne son comparse comme étant l’auteur des coups fatals portés à la tête, qui ont provoqué des bruits de "craquement". Le corps a ensuite été caché dans la cave de l’immeuble. C’est un voisin qui a alerté la police le lendemain matin, en découvrant des traces de sang sur le mur conduisant au sous-sol.

Les deux auteurs sont ensuite montés à bord de l’auto de leur victime. Au volant, Laurent Koniemba, 18 ans à l’époque, réussit à accrocher quatre véhicules sur quelques centaines de mètres ! La balade en voiture s’arrête boulevard de Waterloo. Après avoir embouti une camionnette, la Honda refuse de redémarrer. Les deux voyous prennent alors la fuite à pied. On ne remettra la main sur eux qu’un an et demi plus tard

En reliant ces accidents de circulation, où des témoins ont pu donner une description des deux suspects à bord de la Honda Civic, et les images des caméras de surveillance de la petite rue des Minimes, qui ont enregistré leur manège, les enquêteurs ont pu savoir que les meurtriers du pianiste étaient deux jeunes Noirs.

Sans autre indice permettant de diriger leurs recherches vers des personnes déterminées, ils ont dressé une liste de suspects potentiels, soit une cinquantaine de Blacks connus soit pour leur appartenance à une bande urbaine, soit pour leur violence, soit parce qu’ils correspondaient au signalement donné par les témoins.

Ils s’intéressent en particulier à une bande baptisée "Hot Boys" dont le quartier général est établi rue Blaes, une rue parallèle à la rue des Minimes. Les individus qui se trouvaient à bord du véhicule accidenté de M. Rawitz ont précisément fui dans cette direction. Par ailleurs, la coiffure en vogue chez les "Hot Boys", typiquement congolaise et qui porte le nom de "crottes de chèvre" apparaît sur le portrait-robot dressé pour un des suspects - Junior.

L’enquête a failli aboutir en octobre 2006. Interrogé, Laurent Oniemba Koniemba déclarera qu’il n’était pas au courant du meurtre du pianiste et qu’il ne connaissait pas la personne représentée par le portrait-robot.

Faute de pistes exploitables et d’éléments probants, l’enquête piétine. Jusqu’en février 2008. Des informations recueillies "de source policière" parviennent aux enquêteurs. Les auteurs du meurtre du pianiste seraient un certain "Pashi Junior" et un certain "Lamas", dont on sait qu’il maîtriserait mal la conduite automobile. Les deux jeunes hommes seront rapidement identifiés.

Arrêtés respectivement le 6 et le 7 mars 2008, Laurent Koniemba et Junior Kabunda passent rapidement aux aveux, même si chacun se défausse sur l’autre du pire : les coups de pied qui ont achevé le pianiste.

A l’époque des faits, Junior K. avait 16 ans; Laurent Koniemba avait 18 ans, même si on n’est pas absolument sûr de l’âge du réfugié congolais qui a donné plusieurs dates de naissance - 1986 (sans précision), le 1er janvier 1988, le 3 août1990 - aux différentes autorités belges. Autre élément que l’enquête n’a pu confirmer : Laurent Koniemba affirme être arrivé en Belgique en 2000 après avoir servi au Congo comme enfant-soldat pour combattre les rebelles rwandais. Le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides avait jugé crédibles ses déclarations relatives à son enrôlement dans l’armée.

Ce qui est établi, en revanche, ce sont ses démêles judiciaires en Belgique. Ses problèmes de comportement ont été signalés dès août 2001 et se sont accentués en 2002 : fugues, consommation de stupéfiants, violence à l’école En 2004, toujours mineur, il commet des attentats à la pudeur sur d’autres mineurs et autres faits de violence. Il sera placé temporairement au centre hospitalier psychiatrique Tyteca, d’où il fuguera. De nouveaux faits de violence lui seront reprochés et le tribunal de la jeunesse se dessaisira de son cas en décembre 2004.

Son extrait de casier judiciaire présente déjà trois condamnations. Si l’expertise mentale n’établit pas un état grave de déséquilibre mental au moment des faits, elle considère que Laurent Koniemba doit recevoir une thérapie adéquate vu le passé traumatique de ce garçon qui s’est converti à des croyances religieuses évangéliques pour s’en sortir.

Annick Hovine

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