Belgique Le site le plus populaire de l’enseignement belge fait peau neuve et affine ses services.

Dans l’enseignement francophone belge, une statistique fait office de chiffre maudit : près d’un jeune enseignant sur deux quitte la profession avant 5 ans.

"Ce constat, on le connaît depuis des années. Mais aucun ministre n’a pu l’enrayer, observe Jonathan Fischbach, administrateur-délégué d’Enseignons.be. Comment expliquer ces départs ? Sans doute parce que quand vous entrez dans le métier, vous vous retrouvez seuls, et trop souvent face à des classes compliquées dont les anciens ne veulent plus. Le choc est important entre les attentes que le jeune enseignant avait et la difficile réalité du quotidien."

C’est en grande partie pour tromper la solitude et l’isolement du jeune enseignant, que le site Enseignons.be a été imaginé en 2004 et que, fort de son succès, il se renouvellera à l’occasion de la rentrée scolaire de septembre (voir ci-contre).

Des milliers de ressources

En 2004, l’idée de Benjamin Nizet, fondateur du site, est en soi très simple. Futur agrégé, il se rend compte de la difficulté de trouver des pistes et des suggestions pour construire des cours intéressants, alors que des milliers d’enseignants en produisent chaque année.

Il lance de ce fait Enseignons.be, une plateforme d’échange gratuite de cours qui devient vite le site le plus populaire dans le monde de l’enseignement en Communauté française. "Un site qui aujourd’hui, avec ses 13 000 ressources pédagogiques, attire trois quarts des enseignants francophones belge, mais aussi des enseignants français, marocains, canadiens ou suisses", précise Laurent Merenne, le président de l’ASBL qui encadre Enseignons.be, et qui est composée d’une quinzaine de professionnels de l’école.

"L’ambition du site, en partageant des ressources, n’est pas que les profs téléchargent des cours tout faits, poursuit Laurent Merenne. Plutôt qu’ils découvrent de bonnes idées, des pépites, des conseils, puis qu’ils les adaptent en fonction de leur tempérament, de leurs objectifs et de leurs élèves."

Pas de couleur politique

Dans un secteur très institutionnalisé et très structuré autour de ses acteurs (parents, syndicats, pouvoirs organisateurs…), Enseignons.be fait figure d’exception en ne se rattachant à personne. "Le fait que l’on se présente au-dessus de la mêlée est aussi ce qui est apprécié", reconnaît Jonathan Fischbach. Si le site a donc également pour vocation d’informer les enseignants sur l’actualité scolaire, il ne prendra jamais position dans des débats politiques.

Développer le soutien scolaire

Au-delà de son site, Enseigons.be a élargi ses initiatives. Aux côtés de ses forums et espaces de discussions qui ont migré du site vers Facebook, l’ASBL entend développer le soutien scolaire à faible coût (moins de dix euros par heure).

"Ces différentes initiatives nous permettent de maintenir un contact direct avec le terrain, son vécu et son ressenti", se réjouit Jonathan Fischbach.

Et ce qui se vit sur le terrain, observe l’équipe d’Enseignons.be, est une preuve supplémentaire de l’utilité du travail entrepris.

"Une école, à certains égards, c’est un peu comme une boîte à œufs. Tout le monde fait son travail dans son compartiment, observe Laurent Merenne. Il suffit d’ailleurs de regarder les horaires de cours pour réaliser que les enseignants qui offrent des matières identiques n’ont pas souvent la possibilité de mettre en place un travail collaboratif."

De plus, alors que les attentes sociétales sont importantes vis-à-vis de l’école, mais que le métier est dans le même temps dévalorisé, ce qui ne rend pas le travail plus facile dans les classes , la pression sur les épaules des enseignants s’accentue .

"Ces enseignants ont besoin de lieux et d’espaces pour partager leurs idées et leurs difficultés", conclut Laurent Merenne.

Pendant que la Communauté française construit le Pacte d’excellence pour changer structurellement la donne en la matière, Enseignons.be œuvre en tant que premier de cordée et encourage avec succès l’échange collaboratif.


Le site valorisera les cours de qualité

Jusqu’ici, Enseignons.be, c’était une grande salle des profs. Il y avait beaucoup de documents sur la table qui étaient les cours que nous échangions sur notre plateforme, et des discussions foisonnantes sur nos forums puis sur Facebook. Avec le nouveau site, on peut dire que l’on installe des casiers personnalisés pour chaque enseignant, et que l’on veillera à les alimenter", explique Jonathan Fischbach en évoquant la nouvelle mouture du site dont la version sera lancée en septembre.

Près d’un million de visiteurs

L’objectif de ce nouveau site sera multiple. Il veillera à remettre de l’ordre dans les cours en ligne proposés, à faire ressortir du lot les travaux originaux et de qualité, mais aussi à personnaliser le site et les liens en fonction du profil des visiteurs. "C’est clair que Facebook a changé notre rôle, et que nous devons nous adapter, reconnaissent Jonathan Fischbach et Laurent Merenne , Mais si Facebook permet l’échange, il peine à référencer les ressources de manière pratique. C’est ce que l’on va réaliser."

Malgré ses 13 000 ressources et son million de visiteurs uniques par an, Enseignons.be ne bénéficie pas de subsides de la Communauté française, si ce n’est d’un détachement pédagogique et d’une convention premier emploi. "Du coup, nous vivons essentiellement grâce à nos partenariats commerciaux, que nous choisissons méticuleusement pour qu’ils soient conformes à nos valeurs. Nous ne voulons pas non plus être un sac à pub. Personne ne s’enrichit grâce à Enseignons.be."

Dernier défi pour le site, convaincre davantage d’enseignants de déposer leurs cours sur la plateforme. "90 % de nos visiteurs ne font que consommer. Il est vrai cependant que c’est difficile de publier son cours. Les profs craignent les retours négatifs et le regard de l’inspection. Pourtant beaucoup de préparations sont de grande qualité. Mais trop souvent, les profs se sous-estiment. Ils n’ont pas assez confiance en eux", regrette Jonathan Fischbach