Belgique

Pour être de bon compte, l'affaire n'est pas encore entièrement pliée. Et, interrogé lundi par "La Libre" peu avant un départ pour Strasbourg puis pour l'Afrique de l'Ouest, le principal intéressé, Louis Michel, s'est contenté de répondre qu'il était "évidemment toujours à la disposition de (son) parti et du président de (son) parti, Didier Reynders. Ainsi qu'à la disposition de (son) pays..." .

Au vrai, le téléphone bleu fonctionne à plein régime, ces derniers temps, entre le patron du MR Didier Reynders et le commissaire européen responsable de l'Aide au développement Louis Michel. Ce n'est pas vraiment un secret : le bouillant Jodoignois s'ennuie au Berlaymont où il est arrivé en septembre 2004. Et il l'a fait savoir à son président de parti. Les soubresauts de la vie politique belge lui manquent cruellement. Donc, avec en ligne de mire les élections législatives de juin 2007, Louis Michel s'apprête à effectuer son come-back sur la scène politique belge.

"Faire mal au PS"

Si les contours précis de ce retour sont encore à sceller, il y a une surprise. Et de taille : le champion libéral francophone, désormais barré par son fils Charles dans le Brabant wallon, mènerait la liste MR, par exemple pour la Chambre, à Bruxelles ou à... Charleroi ! "C'est à Charleroi que cette arrivée pourrait faire le plus mal au Parti socialiste, . C'est là que cela servirait le mieux nos intérêts et que les retombées seraient les plus positives : il pourrait enlever deux sièges aux socialistes. Cela pourrait être décoiffant"...

Image de marque

Mais l'eurocommissaire pourrait tout aussi bien fondre sur Bruxelles. Là, son profil "international" fait des ravages notamment dans les communautés issues de l'immigration maghrébine et turque. Ses prises de position, par exemple en faveur de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, ont forgé une image de marque qui paie cash en terme d'électeurs. Ainsi, la surexposition médiatique du commissaire européen cet été, due au conflit entre le Liban et Israël, s'est traduite dans le baromètre politique de "La Libre" de septembre 2006 par un bond de quatre places. Cet automne, donc, Louis Michel était la quatrième personnalité politique préférée sur la place de Bruxelles.

Reste que la machine à voix est, pour l'heure, toujours membre du collège des vingt-cinq commissaires européens. L'idée serait que le Belge se mette "en congé" de la Commission européenne le temps de la campagne électorale : une (quasi) grande première ! L'unique précédent remonte à 1972 quand l'Italien Malfatti, alors président de la Commission européenne, quitta le navire pour... se faire battre aux élections italiennes.

Des règles strictes doivent être observées à la Commission en terme d'interactions entre la vie politique nationale et la casquette de commissaire européen. En théorie tenu à une stricte neutralité, Louis Michel a souvent clamé qu'il n'était pas devenu "un eunuque politique" en débarquant au Berlaymont, le siège de la Commission européenne à Bruxelles. Cette "mise en congé" serait, oui ou non, attribuée par le président de la Commission européenne, son "ami" José Manuel Barroso. Celui-ci, prudentissime, devrait appliquer au pied de la lettre un code de conduite récemment entré en vigueur.

A 59 ans, Louis Michel s'ennuie au sein d'une Commission dont le profil politique de certains membres n'est pas très aiguisé. "La lourdeur de la machine administrative européenne lui est pénible", raconte un observateur. Mais son retour de plain-pied sur la scène politique belge dépendra du succès recueilli lors des élections de 2007.

© La Libre Belgique 2006