Belgique

Avis aux jeunes qui envisagent d’embrasser une carrière de médecin : la réforme des études médicales est en phase de concrétisation. Cet été, le ministre de l’Enseignement supérieur avait dévoilé une note d’orientation présentant les grandes lignes de la réforme à venir (LLB du 20/07/2011). Et ce jeudi, c’est un avant-projet de décret "réorganisant les études du secteur de la santé" qui débarque en bonne et due forme sur la table du gouvernement de la Communauté française. Cet avant-projet, signé Jean-Claude Marcourt (PS), précise les modifications qui seront apportées aux études médicales, mais aussi l’une ou l’autre nouveauté, qui ne sont pas négligeables. "La Libre" s’est procuré ce texte.

Premier grand volet de la réforme, la réduction de la durée des études de base de sept à six ans, souhaitée par la loi (fédérale) du 12 mai 2011 et déjà opérée ailleurs en Europe. La formation globale des médecins diminue donc d’un an, sauf pour les généralistes, dont la spécialisation est passée pour sa part de deux à trois ans.

Deuxième axe, les modalités d’accès aux études de médecine. A partir de l’année académique 2013-2014, seuls les étudiants ayant pris part à un test d’orientation, organisé début juillet et début septembre, pourront s’inscrire en première année de médecine. Cette épreuve, écrite, vise à évaluer les aptitudes spécifiques et les compétences prérequises pour entreprendre des études supérieures du secteur de la santé. Le test, précise l’avant-projet, portera sur des matières scientifiques (biologie, chimie, physique, mathématiques) ainsi que sur la communication et l’analyse critique de l’information (communication écrite; analyse, synthèse et argumentation; connaissance des langues française et anglaise).

La participation à cette épreuve est donc obligatoire, mais y échouer n’empêche pas d’accéder aux études. Il s’agit d’un dispositif d’information et d’aide à l’entrée d’études qui seront d’autant plus difficiles qu’elles seront rabotées d’un an. Dans ce même but, des cours préparatoires seront organisés pour les élèves de rhéto, ainsi qu’en été.

Troisième réforme majeure, le nouveau statut de la session de janvier. La note sortie à l’été prévoyait que l’étudiant qui échoue en janvier se verrait imposer un entretien d’orientation, qui déboucherait sur des propositions d’activités complémentaires et/ou de réorientation, dans le cadre d’un contrat d’études. On laissait donc la possibilité à l’étudiant en échec soit de poursuivre en 1re médecine; soit de suivre une filière spécifique de remédiation au second quadrimestre; soit de se réorienter vers une autre filière, tant à l’université qu’en Haute Ecole. De nombreux acteurs avaient émis des réserves quant à la liberté de choix laissée à l’étudiant busé, estimant que ceux qui opteraient pour la voie de la remédiation seraient probablement peu nombreux.

Le nouveau texte qui doit être discuté ce jeudi est plus directif. Aux étudiants en situation d’échec grave (ayant une moyenne inférieure à 10/20), est-il écrit, "le jury peut imposer l’étalement de l’année d’études via le programme de remédiation". Ces étudiants peuvent également se réorienter vers d’autres études du domaine de la santé. Les examens de janvier deviendraient dès lors décisifs, du moins pour ceux qui ont échoué. Nul doute que certains verront dans cette mesure un examen d’entrée déguisé et différé de quelques mois dans le temps.

Par ailleurs, toute allusion à un contrat d’études a été gommée dans l’avant-projet de décret. Il est vrai que des objections avaient été émises du côté des universités, relatives à la praticabilité de ce dispositif. Rencontrer et établir un contrat avec chaque étudiant en échec - et ils sont nombreux dans les études de médecine - aurait en effet constitué un challenge difficile, sinon impossible, à relever pour les services universitaires.

Enfin, on signalera qu’afin de mettre en place les activités d’aide à la réussite et de remédiation, la Fédération Wallonie-Bruxelles prévoit, à partir de 2013, une enveloppe de 2,5 millions d’euros, à répartir entre les académies universitaires, au prorata du nombre d’étudiants de première génération.

Reste maintenant à voir le résultat de la discussion au gouvernement de ce jour, et les réactions à celui-ci.