Belgique

Le 1er janvier 2001 marque un tournant dans l’histoire de l’architecture des services de police belges : aux trois services de police alors en place - la gendarmerie, la police judiciaire et la police communale - se substitue un service de police intégré et structuré à deux niveaux, celui de la police fédérale (police spécialisée et d’appui) et celui de la police locale (police de base). Objectif ? Créer une police plus proche des citoyens et de leurs attentes, en travaillant de manière intégrée et complémentaire. Pour ce faire, la Belgique est subdivisée en 196 zones de police. Dans la région de Bruxelles-Capitale, le changement est important puisqu’on passe de 19 polices communales (et, partant, de 19 règlements de police différents) à 6 zones de police locale.

A Bruxelles, chaque zone de police couvre plusieurs communes : la zone de police 5339 (Bruxelles-Ville / Ixelles), la zone 5344 (Schaerbeek / Saint-Josse / Evere), la zone 5343 (Etterbeek / Woluwe-Saint-Pierre / Woluwe-Saint-Lambert), la zone 5341 (Anderlecht / Saint-Gilles / Forest), la zone 5340 (Molenbeek-Saint-Jean / Koekelberg / Jette / Ganshoren / Berchem-Sainte-Agathe) et la zone 5342 (Uccle / Watermael-Boitsfort / Auderghem). Chacune de ces zones est dirigée par un collège de police (composé des différents bourgmestres) et placée sous l’autorité d’un chef de corps, chargé de l’organisation quotidienne et de la répartition des tâches au sein du corps de la police locale. Celle-ci est investie de plusieurs missions sur son territoire tels que l’accueil, la police de quartier, l’intervention, l’assistance policière aux victimes, le maintien de l’ordre

Certes, le fait divers dramatique de ce week-end remet sous le feu des projecteurs le rôle et le fonctionnement des zones de police bruxelloises, mais "la question est de savoir si l’on va refaire une réforme dans la précipitation sous le coup d’un seul problème qui est survenu à un moment donné (NdlR : d’aucuns réclament la création d’une zone de police unique à Bruxelles, lire par ailleurs) ou si l’on va enfin procéder à une évaluation réelle des problèmes qui se posent et éventuellement des avantages de la situation actuelle" , s’interroge Christophe Mincke, docteur en Droit et Sociologie (1). Selon lui, en effet, "la division en plusieurs zones de police assure quand même un souci relativement uniformisé du territoire" . Or, "si l’on a qu’une seule zone de police, le risque est que l’on se désintéresse progressivement d’une série de quartiers et qu’on ait une police locale moins locale" , explique-t-il. Et de mettre en garde : "Il faudrait veiller à ne pas détricoter quelque chose en recréant une sorte de grosse police pour un million d’habitants, alors qu’à l’origine de la réforme des polices, on voulait avant tout revaloriser l’agent de quartier, la présence sur le terrain, etc. pour tisser des liens avec la population. A priori, il faut éviter de faire des allers-retours entre une police à grande échelle et une police à petite échelle."

Christophe Mincke plaide dès lors avant tout pour une évaluation et une remise à plat "calme et pas sous la pression d’un fait divers" des politiques de sécurité et de prévention à Bruxelles. "Chaque réforme a les défauts de ses qualités. Avant d’envisager de fusionner toutes les zones de police en une seule, on pourrait déjà s’interroger sur les critères de regroupement des communes : les caractéristiques sociodémographiques, géographiques, urbanistiques ou de criminalité qui peuvent commander ces regroupements" , insiste-il.

Nonobstant, pour des faits de grande criminalité tel celui perpétré ce week-end, Christophe Mincke penche davantage pour consulter l’ensemble des acteurs de terrain (juges d’instruction, police fédérale, magistrats du ministère public ) plutôt que de réformer le droit.

(1) "La sécurité à Bruxelles" par Christophe Mincke, Sybille Smeets et Els Enhus sur www.brusselsstudies.be