Examen truqué au Selor

Philippe Lawson Publié le - Mis à jour le

Belgique

Comment réussir un examen, du moins l’écrit, par un sans faute ? Tout simplement en rédigeant soi-même les questions de l’épreuve. L’histoire remonte à 2007 quand la Direction générale (DG) Energie confia au Selor, le bureau de sélection de l’administration, la mission d’organiser un examen visant à engager un responsable du développement durable en matière d’énergie. Officiellement, tout citoyen peut participer à l’épreuve pour autant qu’il remplit les critères de sélection et espérer être choisi à condition de réussir les examens écrit et oral.

Mais ici, les dés étaient pipés dès le départ et ce, pour deux raisons. Le profil était taillé sur mesure pour un agent contractuel que la DG Energie voulait titulariser et, pire encore, les questions ont été rédigées par le candidat Alain (nom d’emprunt) ! "Il serait éventuellement possible de te faire engager comme statutaire même si l’emploi ne figure pas dans le plan de personnel de notre DG. Pour cela, notre SPF doit demander à Selor de mettre en route une procédure de recrutement pour un profil spécifique. Tu dois te classer en ordre utile et encore accepter le poste. Il faut que tu saches que tu serais recruté au niveau A21 et pas A22 (ton niveau actuel), ce qui signifie une perte de salaire approximative de 10 %. Afin de rester crédible vis-à-vis de Selor, P&O (personnel et organisation de la DG Energie) voudrait s’assurer que, malgré cet inconvénient, tu es certain d’accepter le poste en cas de sélection", écrivait Jocelyne Lesne, responsable de ressources humaines au SPF Economie dont dépend la DG Energie.

Le courriel est envoyé au candidat à titulariser avec copie à des responsables de la DG Energie dont sa patronne, Marie-Pierre Fauconnier. Le candidat a non seulement rédigé son profil mais il a aussi élaboré les questions de son examen et les a même testées sur ses collègues.

Le Selor soutient ne pas être au courant des arrangements d’arrière-cuisine de la DG Energie et dit les désapprouver. "Les questions sont rédigées en collaboration avec les clients qui nous demandent d’organiser des recrutements pour eux. Mais jamais nous n’accepterons d’organiser des examens avec ce genre d’arrangements. Ça ne fait pas partie de nos valeurs", nous a confié Silvia Akif, la conseillère de sélection pour l’examen en question au Selor.

En attendant, lors de l’examen écrit en septembre, le candidat visé a fait un carton (40/40), suscitant au passage l’ire de ses supérieurs qui lui ont reproché de n’avoir pas commis quelques fautes pour tromper les apparences. On ne sait si le carton plein d’Alain à l’écrit a attiré l’attention des experts de Selor, mais toujours est-il que le candidat Alain a obtenu une cote d’exclusion à l’oral (10/20), le 27 septembre 2007. "Vous avez manqué d’écoute active en adoptant un ton de voix élevé et en manquant de structure dans votre discours chargé de termes techniques parfois utilisés à mauvais escient. Vous ne parvenez pas à distinguer l’essentiel et le détail accordant beaucoup trop d’attention aux détails et en manquant d’alternatives aux problèmes identifiés. Votre sens de collaboration a été jugé insatisfaisant par le jury", a répondu la conseillère en sélection.

Mais l’examen a permis de sélectionner quatre candidats potentiels aptes à exercer la fonction de responsable en développement durable en matière d’énergie. La première classée est une certaine M.-H. N., ingénieur agronome et qui travaillait aux facultés universitaires des sciences agronomiques de Gembloux aux côtés de M.-L. F., la sœur aînée de la DG Energie. "Je ne la connaissais pas avant l’examen et si elle a été choisie, c’est qu’elle est compétente", nous a confié Marie-Pierre Fauconnier.

Quelques mois après son entrée en service, elle intervenait pour que l’administration tienne compte de son ancienneté à Gembloux. "Lors du processus de recrutement, l’expérience qu’elle a pu acquérir tout le long de son parcours professionnel en coopération au développement, les formations reçues dans le cadre de ses fonctions dans l’aide internationale, la maturité acquise dans la gestion de projets interculturels ont largement pesé dans la décision de sélection. Je souhaiterais vivement qu’une attention particulière soit réservée à l’examen de ce dossier et que la valorisation de ses neuf années d’ancienneté en coopération au développement soit examinée positivement par vos services", écrit-elle dans une lettre de 18 décembre 2008 à Jacky Leroy, président du comité de direction du P&O fédéral.

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