Belgique

Un enfant sur cent ne vit pas dans sa famille biologique en Communauté française. Autrement dit, sur les 600 000 mineurs francophones, 6 000 grandissent hors de leur foyer d’origine, dont la moitié dans des institutions (pouponnières, institutions publiques de protection de la jeunesse, internats, homes ) et l’autre moitié dans des familles d’accueil.

Dans le cadre de l’Aide à la jeunesse, les parents d’accueil assument volontairement la garde d’un enfant dont ils ne sont ni le père ni la mère. Le mineur leur a été confié dans le cadre de l’aide consentie (à la demande des parents de naissance) ou contrainte.

Il arrive souvent que la famille d’accueil soit constituée par des membres de la famille élargie de l’enfant (une tante, des grands-parents ) ou une connaissance de la famille d’origine. Au départ, l’accueil se fait dans l’urgence, pour éviter le placement dans une institution ; l’entourage de l’enfant réagit à une situation de crise. Ces familles d’accueil non-encadrées par un service de placement familial (SPF) relèvent du Service d’aide à la jeunesse (SAJ) ou du Service de protection judiciaire (SPJ). Quand la situation s’installe dans la durée et que la famille est ensuite encadrée par un service de placement, on parle de "reprises de guidance". Depuis plus de dix ans, c’est le cas de 80 % des nouvelles situations suivies par les services de placement familial. Dans les autres cas, l’enfant est placé dans une famille "sélectionnée" et encadrée par un service de placement familial.

Mais que sait-on de ces familles qui accueillent au total 3 000 enfants ? Quels sont leurs profils, leurs vécus, leurs difficultés, leurs attentes ?

Pour objectiver cette problématique, la Fondation Roi Baudouin a lancé une étude quantitative et qualitative sur l’accueil familial qui a été confiée au panel démographie familiale de l’université de Liège, sous la direction de Marie-Thérèse Casman. Un questionnaire a été envoyé à 1 100 familles d’accueil ; 450 d’entre elles y ont répondu. Des entretiens ont aussi été menés avec des accueillants et des professionnels du placement familial.

Qu’en ressort-il ? "Selon les professionnels, il y a une forte augmentation de la charge de travail liée aux situations à encadrer, principalement due à l’état de santé physique et psychique des enfants à placer, décrits comme abîmés, expose Marie-Thérèse Casman. Ils posent des questions comme : est-on obligé d’aimer ses parents ? Pourquoi je suis né ? A quoi je sers ?"

Les familles d’accueil, tous types confondus, ont décrit une série de difficultés rencontrées au cours du placement. Qui sont parfois très pragmatiques, comme les trajets liés à l’enfant accueilli, qui doit être conduit à des consultations médicales, psychologiques, sociales Une petite aide logistique soulagerait les familles d’accueil.

Idem pour les lourdeurs administratives : pour quitter le territoire belge, les accueillants doivent obtenir la signature des parents biologiques, même pour un week-end à la Côte-d’Opale. Cela complique l’organisation de la vie quotidienne, surtout quand les parents biologiques ont disparu dans la nature ou que les relations avec eux sont tendues (lire ci-dessous).

Les parents d’accueil se plaignent aussi de devoir avancer des sommes parfois considérables pour des soins ou des services et de perdre beaucoup de temps et d’énergie à en obtenir le remboursement. Piste avancée dans l’étude : élaborer un système s’inspirant du tiers-payant.

Autre sujet sensible : la révision annuelle de la décision de placement, qui génère beaucoup de stress, tant pour l’enfant placé que pour les familles. Pourquoi ne pas envisager que cette révision corresponde mieux aux étapes de vie de l’enfant (rentrée à l’école primaire, passage en secondaire ) ? - ce que suggèrent plusieurs acteurs.

Le fait que l’accueil soit administrativement terminé à 18 ans pose aussi douloureusement problème aux familles d’accueil qui ont parfois suivi l’enfant depuis ses premiers mois. A la majorité, tous les subsides et tous les encadrements s’arrêtent, alors que le jeune a rarement fini sa scolarité.

Voilà donc le rapport sur le bureau de la ministre en charge de l’Aide à la Jeunesse, Evelyne Huytebroeck (Ecolo), qui a soutenu l’étude. "D’ici la fin juin, on va tracer des pistes, qui seront présentées en septembre, réagit, à chaud, la ministre. Je vois au moins deux choses sur lesquelles on peut avancer. Un : une partie du budget prévu pour le plan d’action pour les mineurs en danger et en difficultés sera attribuée aux services de placement familial. Deux : prévoir une campagne de recrutement de familles d’accueil."

Parce que les services de placement familial galèrent pour trouver des familles candidates. Il y a régulièrement pénurie et des dizaines d’enfants en bas âge sont coincés dans les pouponnières en attendant une famille d’accueil. "La mission des parents d’accueil est peu visible, mal connue et donc mal reconnue", relève Mme Casman. L’étude montre pourtant que l’expérience est enrichissante pour les familles d’accueil : 61 % de celles qui ont réalisé un projet d’accueil conseilleraient cet investissement.

A télécharger gratuitement sur le sitewww.kbs-frb.be