Belgique Hakim Hedia, Président de la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel (Fapeo): "Supprimer le redoublement, ce n'est pas une raison pour niveler par le bas! Il faut donc vraiment qu'une politique de remédiation soit mise en place. L'enfant doit être le centre de gravité."

Mme Simonet et M. Demotte se sont prononcés hier contre le redoublement. Qu’en pensez-vous ?

C’est une très bonne idée. Mais attention : supprimer le redoublement, ce n’est pas une raison pour niveler par le bas ! Il faut donc vraiment qu’il y ait une politique de remédiation qui soit mise en place. C’est fondamental.

Pourquoi ?

Si on laisse passer l’enfant d’un niveau à l’autre, sans qu’il prenne conscience qu’il est en échec, cela ne va pas. Si l’enseignant, par exemple, ne parvient pas à remettre l’élève sur les rails, il faut qu’on l’envoie dans une cellule qui est apte à remédier, sous couvert d’un effort produit par l’élève.

Certains affirment que l’abandon de la faculté de redoublement va entraîner davantage de laxisme dans l’enseignement.

Justement, il faut être très attentif, et vigilant par rapport à cette problématique. Ce qu’il faut faire, c’est entretenir la culture de la réussite parce que le but de l’école est de faire réussir l’enfant, pas de le faire rater. Il ne faut pas que les parents soient obligés de recourir aux cours particuliers; tout doit se faire à l’intérieur de l’école. Celle-ci doit être attentive à ses méthodes pédagogiques, qui conviennent à la grosse moyenne des élèves. Pour ceux qui décrochent, il faut d’autres méthodes pour que l’enfant puisse acquérir la matière.

Quelles méthodes préconisez-vous ?

Il faut une approche différenciée. Toutes les forces doivent être mobilisées. L’enfant doit être le centre de gravité.

On dit parfois que l’échec a quand même une fonction pédagogique. Vous êtes d’accord avec cela ?

Oui, s’il y a une prise de conscience derrière. L’échec ne doit pas mener au redoublement. Quand il y a une lacune, il faut y remédier en temps réel, pas l’année suivante.

Est-ce que les moyens dont dispose la Communauté française permettent cette lutte efficace contre l’échec ?

Quand on regarde l’enveloppe globale, oui. Le redoublement coûte 400 millions d’euros par année. Il faut faire un transvasement de cette enveloppe vers la remédiation avec la collaboration de tous les partenaires : les parents, les enseignants, les centres PMS.

Vous croyez sincèrement que c’est possible ?

Il faut de nouvelles approches pour sortir du marasme actuel. Le redoublement est la solution de facilité. C’est facile de détruire, mais bâtir, c’est tout autre chose.

La démotivation des enseignants, avec une pénurie en perspective, n’est-elle pas une des causes de l’échec ?

Il fait leur redonner le goût et redorer leur blason. Tout est lié. Il y a désistement des jeunes enseignants, des directions, des parents même. N’oublions pas que l’échec de l’enfant, c’est aussi celui des parents. On est tous mal dans cette affaire. L’école de demain, elle est dans les enfants, pas dans notre génération. La vérité, c’est le savoir, surtout dans le siècle de la connaissance. L’enseignement du XXe siècle n’est plus adapté au XXIe siècle.

Ghislain MaronPrésident de l’Aide (Association interréseau des directions d’écoles): "On a l'impression que quand les écoles ne pratiquent pas le redoublement, ce sont de mauvaises écoles. Or, les études montrent que celui-ci à très peu d'impact positif sur l'enfant."

Eradiquer le redoublement, une évidence ?

C’est une bonne chose, mais il y a effet d’annonce. Je rappelle qu’en primaire, il n’y a plus de redoublement au sens strict. Ce qui peut arriver, c’est que les enfants fassent une année complémentaire. Par exemple, comme directeur d’école primaire, quand il y a année complémentaire, je suis obligé de lui faire un programme tout à fait adapté à ses besoins. Si on pouvait déplacer les moyens qui sont octroyés pour les enfants en redoublement pour mieux les soutenir en remédiation, ce serait parfait.

Pourquoi effet d’annonce ?

L’effet d’annonce peut être très utile, dans la mesure où contrairement à ce que promeuvent les cultures scandinaves et autres, on a l’impression que quand les écoles ne pratiquement pas le redoublement, ce sont de mauvaises écoles. Quand on explique qu’au CMB, en fin d’études primaires, il y a 95 % des élèves qui réussissent, on dit que l’examen était trop facile et que l’on brade tous les diplômes. On pourrait reconnaître quand même que l’objectif, c’est que tous les enfants puissent sortir de primaire avec au moins 50 %, soit le résultat minimum pour les socles de compétences qui sont requis. On est dans une culture comme cela, et beaucoup de parents considèrent encore que plus on buse, plus l’école est de qualité.

Les enseignants eux-mêmes ne sont-ils pas attachés à la possibilité de faire redoubler ? C’est trop simple de dire qu’on est pour ou contre le redoublement. Cela doit devenir une possibilité exceptionnelle. On a vécu il y a une dizaine d’années une action dans le même sens en maternelle, où l’on faisait “doubler” les enfants qui n’apparaissaient pas assez mûrs pour entrer en primaire, et les enseignants y voyaient souvent un vrai moyen pédagogique. Toutes les études universitaires montrent qu’il y a très peu d’impact positif lors d’un redoublement. Pour autant que l’école change ses manières de faire, qu’elles travaillent de manière plus différenciée et en équipe, etc. Plus les enseignants sont de type individualiste, plus on doit pratiquer le redoublement.

L’abandon du redoublement n’entraînerait-il pas plus de laxisme dans l’enseignement ?

En principe, c’est l’inverse. On donne aux enseignants, titulaires d’une classe dans le primaire, une responsabilité qui est de faire réussir l’enfant en fin d’année scolaire. L’équipe pédagogique se bat pour y parvenir, et emmener l’enfant en fin de cycle. C’est autre chose que de vivre dans des classes cloisonnées.

N’est-ce pas cependant envoyer un mauvais signal à l’enfant, qui peut avoir le sentiment que quoi qu’il fasse, ou ne fasse pas, il va réussir ?

Ce n’est évidemment pas ce signal-là qu’il faut envoyer. On peut mettre l’enfant devant des contraintes suffisantes pour qu’il se mette à travailler. Obliger les enfants à faire ceci ou cela, cela ne marche pas. Il faut les convaincre. On obtient davantage par le renforcement positif. Cependant, pour certains enfants, le redoublement peut rester nécessaire parce qu’ils ont une difficulté de maturité ou un handicap tel dans l’une ou l’autre matière que les faire passer serait les mettre dans des conditions impossibles.