Belgique

ÉCLAIRAGE

On l'interrogeait (dans «Vers l'Avenir», en novembre dernier) sur son premier suppléant, un appelé Denis Ducarme. La tête de liste MR dans le Hainaut, le ministre-président francophone Hervé Hasquin, grimaça cette drôle de réponse: «Mon fils ne fait pas de la politique, je vous rassure. Et je n'ai pas de fille...».

Serait-ce si gênant, les gènes en politique?

En 1999 avaient émergé des Charles Michel et Anne Barzin au MR, qui restent têtes de liste en Brabant wallon et à Namur; un Peter Vanvelthoven au SP, qui sera deuxième de liste dans le Limbourg; des Benoît Cerexhe au CDH, Véronique Cornet au MR, Frédéric Daerden au PS, aujourd'hui députés régionaux (même si les deux premiers soutiennent leurs listes respectives, derniers effectifs à Bruxelles et dans le Hainaut). Autant de noms qui, comme on dit, devaient se faire un prénom...

Pour cette fois, impossible de passer à côté du patronyme Ducarme. L'aîné du président du MR, le susdit Denis, déjà échevin à Thuin, a sa place garantie à la Chambre en tant que suppléant d'un ministre communautaire qui devrait rester en fonction. Et le puîné, Lucas, s'est imposé sur la liste bleue au Sénat. Même si c'est, lui, pour de la figuration, comme huitième suppléant, les places devaient tout de même y être chères.

Huitième suppléant au Sénat, c'est aussi le rang de Benoît Lutgen sur la liste CDH, dont il est devenu responsable d'animation. Piquant: un autre fils de l'ancien bourgmestre et ministre PSC, Guy, se retrouve dans la concurrence (?) CDF. Jean-Pierre en est le deuxième candidat effectif au Sénat.

On en connaît même un qui ne doit pas se faire un prénom. C'est le CDH Melchior Wathelet Jr, propulsé tête de liste à Liège... Liège dont la fédération PS a réservé la troisième suppléance - une place pas mauvaise - à Alain Mathot, fils de Guy. Au MR luxembourgeois, Renaud Duquesne, fils d'Antoine, est premier suppléant.

Au Nord, le cas de Freya Van den Bossche s'impose sans conteste. La fille du ministre sortant de la Fonction publique, qui n'en a pas précisément la dégaine, est tête de liste SP.A en Flandre orientale.

Des noms

Il y a de l'abus? Ne pensons pas, d'abord, que le phénomène soit neuf. Les Collignon, Dehousse, Moureaux, Van Acker, Cornet d'Elzius, Eyskens et autres Spaak nous font remonter le temps. Dans la deuxième génération plus jeune, on ne les compte plus: Anciaux, Daems, Defraigne, Clerfayt, Persoons, Tobback, Bertouille, Simonet, Delizée, Harmel, De Crem, Pécriaux... L'atavisme peut même s'étendre sur plusieurs générations avec des Nothomb, Payfa, Close, de Clippele et autres Vanderpoorten. Et le «fils de» ou «fille de» ne sera pas forcément un second couteau: sans s'égarer dans des comparaisons aléatoires, il n'est pas désobligeant de convenir que Laurette Onkelinx ou Jean-Claude Van Cauwenberghe auront eu une carrière plus en vue que leurs papas Gaston et André.

Des prénoms

Cette seule énumération pourrait suffire à écarter le soupçon que l'on verse, à chaque fois, dans le népotisme.

D'origine papale, d'un temps où des Saints-Pères étaient de très attentionnés tontons, le terme désigne les abus qu'un patricien tire de sa fonction pour avantager des membres de sa famille. À chaque relais de génération, quand perce le fiston ou désormais la fifille avec plus de facilité que s'il s'appelait Tartempion, on y pense.

Mais ce n'est pas si simple.

Un circonstance n'est jamais l'autre. Il y a excès quand un nouveau-venu brûle manifestement toutes les étapes, ou que ses seules qualités tiennent à son patronyme. Il peut arriver aussi que ce ne soit pas le géniteur qui insiste, mais son parti qui invite. Il peut même arriver que si un nom déjà connu profite de reports de notoriété voire de sympathie, on attende avec moins de pitié son bénéficiaire au tournant...

Il y a du favoritisme. Et il y a de simples effets génétiques. On a des médecins et garagistes enfants de médecins et garagistes; pourquoi n'attraperait-on pas des virus similaires en politique? À la réflexion, cette «familiarité» du bercail peut cacher un mal plus profond que de ponctuelles velléités népotiques; c'est la difficulté de renouveler la classe politique. Notamment chez les jeunes qui doivent, pour s'y lancer, surmonter bien des préjugés, bien du dédain. Leur goût est moins amer quand on est tombé petit dans la marmite.

© La Libre Belgique 2003