Belgique

L’école en Finlande, c’est un autre monde. Petit tour d’horizon des spécificités du système finlandais.

Enseignants. Comment devient-on prof en Finlande ? "Il faut obligatoirement faire cinq années d’études, y compris pour être instituteur maternel. Tout le monde veut devenir enseignant car la profession est respectée et valorisée. Et ce n’est pas pour des raisons salariales, car les enseignants ne sont pas mieux payés qu’en Belgique. Alors, ceux qui veulent faire carrière doivent postuler en deuxième année universitaire. Seuls 10 % des candidats sont retenus", explique Simon Edney. Les enseignants débutants doivent participer à un mentorat entre pairs, où l’on échange des récits, on partage ses expériences. "Les professeurs travaillent de 16 à 24 heures par semaine. Les réunions avec les parents d’élèves, les collaborations avec les collègues et le temps consacré aux projets de développement de l’école sont compris dans cet horaire", poursuit le professeur, qui précise qu’il n’a pas rencontré "un seul professeur stressé". En Finlande, les enseignants ne se considèrent pas comme de stricts passeurs de savoirs, mais comme des chercheurs. C’est la collaboration au sein de l’équipe pédagogique qui est la norme. "La dernière inspection scolaire en Finlande date de 1992. Tout est basé sur la confiance et le professionnalisme des enseignants."

Infrastructures. Ce qui a frappé Simon Edney dans ses visites d’écoles, c’est la propreté, la modernité et la beauté des lieux. "Je n’ai vu qu’un papier par terre pendant mon séjour ! Les salles de classe sont dotées de cloisons modulables et de mobilier adaptable, notamment aux handicaps. Il faut savoir que les élèves présentant des troubles de l’apprentissage ou un handicap physique sont intégrés dans les écoles traditionnelles. L’enseignement spécialisé est réservé aux cas les plus lourds." Les outils informatiques font partie intégrante de la vie des élèves qui sont amenés à utiliser des canaux comme un blog ou une chaîne YouTube pour leurs travaux scolaires.

Système. Tous les cinq ans, un programme de projets pour l’école à l’échelle nationale est édicté par le gouvernement, mais il est soumis à une consultation publique à laquelle tout un chacun peut participer. On ne pourra pas le modifier pendant sa durée de validité. L’école obligatoire ("Basic education") débute à 7 ans, dans un tronc commun qui s’achève à 16 ans. Le redoublement est proscrit et le taux de réussite laisse rêveur : 99,5 %. "Un quart de l’horaire de cours est consacré à la musique, à l’art, à l’artisanat et à l’éducation physique. Il n’y a pas d’examen avant la dernière année de l’école supérieure et cette épreuve est la même pour tous les élèves du pays", indique Simon Edney. L’école est totalement gratuite. "Même les repas complets qui sont aussi obligatoires et qui tiennent compte de toutes les particularités : halal, végétarien, sans gluten…" Après le tronc commun, les élèves font le choix du général ou du technique, cette dernière filière étant très valorisée et pas du tout sexiste. En moyenne, 38,5 % des jeunes la choisissent. Des écoles techniques qui peuvent bénéficier de matériel de pointe, comme des simulateurs d’engins de chantier, robots, tablettes, smartphones, ordinateurs portables, fourni par des entreprises comme Caterpillar, Microsoft ou Lego.

4 Amus ant. Les élèves n’ont pas le droit de porter leurs chaussures en classe. "C’est pantoufles ou chaussettes pour tout le monde" , signale Simon Edney. "Après chaque cours, il y a une pause de 5 minutes, en plus de pauses plus longues. Les élèves sont obligés de les passer dehors sauf si la température est plus basse que -15°C."

Elèves. "Quand ils quittent le tronc commun, on évalue, grâce à un dossier scolaire élaboré pendant les années de "Basic education", leur potentiel et le style d’apprentissage qui leur convient. Plus généralement, ils adoptent comme les enseignants un modèle collaboratif où les plus âgés aident les plus jeunes. Ils sont assez autonomes dans les apprentissages et la créativité est encouragée", déclare Simon Edney.


La Finlande, une idée du paradis scolaire

Simon Edney, un enseignant, a passé une semaine à Oulu en observation dans des écoles.

Le modèle scolaire finlandais fait beaucoup d’envieux. A chaque publication du test Pisa, qui évalue le niveau des élèves de 2e secondaire des pays de l’OCDE, la Finlande se classe quasi invariablement première ou deuxième. Le pays n’investit pas forcément davantage financièrement dans l’éducation des enfants, mais a choisi d’opter pour un enseignement aux fondements égalitaristes, où les élèves les plus faibles sont particulièrement aidés à se remettre à flot. Et ça marche extrêmement bien. Comment explique-t-on ce petit miracle ? Simon Edney, professeur d’anglais et d’histoire en immersion linguistique dans une école secondaire de Nivelles, a profité d’un séjour Erasmus en octobre à Oulu pour observer pendant une semaine la vie dans des écoles finlandaises. Il est revenu de ce voyage "avec un esprit de positivisme, le sentiment que l’on peut faire des choses chez nous".

Des choses réalisables à court terme

Ce modèle scolaire, si différent du nôtre, est-il transposable en Belgique ? Il fait en tout cas rêver les élèves belges de Simon Edney à qui il a fait une présentation PowerPoint de son voyage. L’enseignant souligne tout de même que, curieusement, les élèves finlandais disent ne pas aimer l’école. "C’est sans doute le propre des adolescents de tenir de tels propos" , dit-il. "On peut tirer des leçons du système finlandais et certaines choses sont réalisables à court terme ici comme l’esprit de collaboration entre élèves et enseignants (en donnant aux professeurs les moyens de collaborer), exposer les travaux des élèves dans l’école, utiliser des outils d’Internet ou faire de l’élève un acteur de son étude. En Belgique, on pourrait changer les méthodes d’évaluation des élèves", soutient le professeur. Le reste devrait demander une sacrée révolution.