Flahaut: "Le régime de Bart De Wever, ça me pompe"

Jonas Legge Publié le - Mis à jour le

Belgique

En tant qu'invité du samedi de LaLibre.be, le président de la Chambre nous donne son avis sur l'impôt sur le patrimoine, le plan B ou encore les élections communales qui l'attendent à Nivelles. Il répond aussi à des questions plus personnelles. Quant au régime de Bart De Wever, ça le "pompe".

Depuis l'annonce d'une demande d'obtention de la double nationalité par Bernard Arnault, on évoque à nouveau certaines propositions socialistes qui pourraient être mises sur la table lors des discussions sur le budget 2013. Etes-vous favorable à ces mesures, comme la taxation des plus-values ou des stocks-options?

Il est courant qu'à l'approche des discussions budgétaires, des idées soient émises par les uns et par les autres. Je ne crois pas que ce soit un pêché mortel que d'énoncer des pistes pour assurer, notamment, une plus grande forme de solidarité et que, pour y arriver, ceux qui ont le plus de moyens contribuent. Mais le point de départ de la discussion reste l'accord de gouvernement.

Les menaces de l'Open-VLD de faire éclater le gouvernement sont-elles crédibles?

Les discussions et les polémiques sont entretenues par un climat d'élections. Quand on fait de la politique, la première chose à faire, c'est de résister aux pressions et de ne pas se laisser impressionner par les menaces.

Le week-end dernier, Charles Picqué a évoqué le plan B, qui "ne nous a jamais quittés". D'après vous, les Wallons et Bruxellois doivent-ils préparer ce plan B et une éventuelle autonomie?

Je suis un gourmand dans ma vie au quotidien et dans toutes les matières. Mais quand j'aborde un repas, je sais séquencer l'entrée, le plat de résistance et le dessert, et je ne veux pas tout manger tout de suite. Il faut donc prendre le temps de mettre en œuvre les réformes qui ont été décidées politiquement. Un premier pan a déjà été réalisé. Une deuxième étape est prévue, et je crois qu'elle sera franchie dans les temps. Ensuite, pour le futur, il faudra réfléchir à une nouvelle manière de travailler. Pour ceux qui spéculent quant à ce futur, il faut d'abord savoir ce que l'on veut faire dans le nouveau cadre institutionnel et oser avoir des idées, des projets pour nos populations respectives. Si c'est ça qu'on appelle un plan B, je n'y vois pas d'inconvénient car être politique, c'est aussi prévoir, être créatif.

Cette sortie de Charles Picqué à quelques semaines des élections ne vous a donc pas surpris?

Non. On ne peut pas interdire à un être humain d'avoir des idées, de faire des constats ou de la prospective. Mais c'est clair que, dès qu'il a lâché ça, certains ont cru qu'on était déjà à la phase suivante... Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs.

Sur la plan communal, à Nivelles, on se dirige vers une reconduction de l'alliance MR-cdH. Pensez-vous vraiment que le PS puisse intégrer la majorité?

Je le souhaite et je crois que c'est pour l'intérêt de la ville. Je crois également que l'électeur nivellois mesure bien qu'avoir un responsable politique de haut niveau comme bourgmestre est un atout. Il ne faudrait pas que cet atout devienne un handicap.

Valérie De Bue, échevine MR, a tout de même affirmé qu'il n'y avait pas de raison de ne pas reconduire l'alliance avec le cdH...

Ca, ce sont des déclarations d'avant élections. Je conçois difficilement, en effet, que les partis de la majorité en place disent que ça ne va pas entre eux. Mais ils oublient un petit élément : que les électeurs doivent voter et eux aussi vont faire le bilan. Or, si on veut vraiment faire en sorte que Nivelles soit dans le peloton de tête des villes wallonnes, il faut qu'elle se dote d'un moteur politique beaucoup plus puissant, avec des relais. Pour l'instant, la situation me fait penser à une belle voiture sur l'autoroute mais avec un moteur de deux chevaux et qui se fait dépasser à gauche et à droite par toute une série d'autres localités.

Si vous êtes élu, exercerez-vous la fonction, que ce soit de bourgmestre ou d'échevin?

J'ai l'habitude de prendre mes responsabilités là où je suis élu. J'ai aussi l'habitude de travailler pour l'intérêt de la ville et de l’institution avant mon intérêt personnel. Et, comme président d'assemblée, le cumul est parfaitement possible est faisable.

Toujours au niveau communal, croyez-vous au succès de la N-VA lors de ce scrutin?

Je ne sais pas mais, pour la N-VA, il faudrait que ça soit une réussite. Car ce parti est très peu présent dans les municipalités en Flandre. Or, s'il veut continuer à exister dans la durée, il doit avoir une implantation locale. Va-t-il y arriver? Aux communales, même si vous donnez un accent national, fédéral prononcé, les gens réagissent souvent par rapport aux politiciens qu'ils ont en face d'eux, qu'ils ont l'habitude de voir. Je ne doute pas que certains parlementaires de la N-VA, qui se sont illustrés, feront sans doute d'excellents résultats. Mais pour les autres candidats, moins connus, il est difficile d'envisager l'impact qu'ils auront.

Que vous inspire la communication autour du régime de Bart De Wever?

Ça me pompe. Objectivement, je veille aussi à ma ligne, à ma ligne courbe même, et j'assume mes rondeurs. Donc faire de ce régime un événement politique emballé dans des préoccupations sociétales, c'est un détournement d'objectif. Je veux bien croire Bart De Wever quand il dit qu'on ne peut pas vivre avec 160 kilos mais, dans ce cas, cela concerne sa santé personnelle. Confondre sa santé avec la vie publique, étaler sa vie privée sur la place publique, ce n'est pas du tout mon style et c'est quelque chose qui me dérange. Mais il ne le veut peut-être pas. Peut-être est-il devenu un instrument de médias, dont la personnalité est fabriquée et qui peut très vite retomber. M. Leterme, M. Tindemans, M. De Decker, M. Maertens ou feu Michel Daerden en ont fait les frais. On fabrique des produits comme on fait monter une mayonnaise ou des blancs d’œufs en neige et puis ça retombe et ça devient indigeste.

Passons maintenant à des questions plus personnelles. Comment vous sentez-vous à la tête du perchoir de la Chambre des représentants?

Très bien. Quand M. Di Rupo, en 2010, m'a dit que M. De Wever et lui-même s'étaient mis d'accord pour que la présidence de la Chambre revienne au PS, j'ai d'abord été étonné. Mais c'était une marque de confiance et je lui ai dit, en grognard de l'empereur que je suis, que j'essaierais de faire mon boulot du mieux possible. J'ai eu l'occasion de le pratiquer dans une période historiquement intéressante de la Belgique et d'être médiateur royal. Il y a plein de choses à faire, pour les jeunes, pour l'éducation citoyenne, pour la mémoire, pour l'international. C'est donc stratégiquement un poste important.

Regrettez-vous votre poste de ministre de la Défense?

En politique, si vous regrettez, vous êtes triste. Et moi je ne suis pas de nature triste. Une fois qu'une page se tourne, elle se tourne. Chacune des mes expériences m'a apporté des choses pour être encore plus utile là où je suis. On ne fait que progresser.

Quel regard portez-vous sur l'action de votre successeur à la Défense, Pieter De Crem?

Il mène la politique voulue par le gouvernement. Tant qu'il s'y conforme, je n'ai rien à redire.

Y a-t-il une fonction que vous souhaiteriez exercer avant votre retrait de la vie politique?

D'abord, je ne pense pas encore à mon retrait de la vie politique. Ensuite, après près de 40 ans de carrière, la grande leçon que je retiens, c'est qu'en politique c'est souvent ce à quoi on ne s'attend pas qui arrive. Faire des plans de carrière est toujours malvenu. Personnellement, je me suis à chaque fois réorienté en fonction des opportunités, en fonction du fait d'être au bon endroit au bon moment. Je suis toujours resté fidèle à mes valeurs, à mes convictions et j'ai toujours été un militant constant.

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