Flandre: français obligé et négligé

Olivier Mouton Publié le - Mis à jour le

Belgique

La Flandre est la Région du pays la plus en phase avec le fédéralisme sur le plan scolaire. Alors que les élèves francophones ont le choix de leur deuxième langue dès les primaires entre l'anglais, l'allemand et le néerlandais, tel n'est pas le cas au Nord du pays. Là, à compter de la 5e primaire et jusqu'au début des secondaires, c'est le français, point à la ligne.

Une grande ambition

Certes, l'apprentissage d'une seconde langue n'est pas obligatoire dans l'enseignement fondamental. Mais au cabinet de la ministre Marleen Vanderpoorten, en charge de cette compétence, on précise que `pratiquement toutes les écoles organisent des cours de français´.

Entre 6 et 12 ans, 183.004 enfants sur 407.526 inscrits apprennent la langue de Molière. `C'est-à-dire pratiquement tous les élèves de plus de 10 ans en Région flamande ainsi que tous les élèves de plus de 8 ans en Région bruxelloise´, précise-t-on.

Dans l'enseignement secondaire, le français et l'anglais figurent en bonne place dans les choix effectués par les élèves. `La Flandre met tout en oeuvre pour respecter les lignes directrices adoptées pendant la présidence belge de l'Union européenne, à savoir que les enfants sortent de l'enseignement obligatoire en connaissant leur langue maternelle ainsi que deux autres langues´, dit-on chez Marleen Vanderpoorten. Les objectifs fixés en matière de connaissance des langues sont ambitieux. Pas question, toutefois, de déroger aux lois linguistiques. Des initiatives telles que celle prise du côté francophone en matière d'immersion ou d'apprentissage précoce ne sont dès lors pas autorisées légalement.

Pendant longtemps, les jeunes Flamands ont parlé le français de maîtresse façon, obtenant aisément quantité de places où le bilinguisme était requis. Aujourd'hui, certains épinglent un recul des connaissances, même si aucun chiffre ne confirme cela de façon précise. Une certitude: comme partout, l'attrait de l'anglais est plus important. Mais cette tendance naturelle n'explique pas tout...

La faute à l'école normale

Rik De Graaf vient de partir à la retraite. Pendant de longues années, il a été conseiller pédagogique dans l'enseignement libre en ce qui concerne l'apprentissage du français. Professeur de cette même langue à la Katholieke Hogeschool de Bruxelles, il fut aussi l'initiateur d'une nouvelle méthode d'apprentissage active pour l'école secondaire en Région bruxelloise.

`Mon constat pour la Flandre est le même que celui posé du côté francophone´, dit-il, `c'est-à-dire que la connaissance à la fin des primaires n'est vraiment pas fameuse´.

La raison? `Les enseignants connaissent eux-mêmes beaucoup trop peu la langue pour l'enseigner. Pour arriver à un meilleur résultat, on devrait avoir de bons bilingues. Je sais que mon propos ne plaît pas aux écoles normales, mais je sais de quoi je parle puisque j'y ai enseigné.´ Seules quelques heures sont données, ce qui est `largement insuffisant´. En tant que membre de la commission linguistique chargée de faire passer les examens pour enseigner à Bruxelles, Rik De Graaf tape sur le clou: `Leur connaissance est souvent trop minime. Ils apprennent la matière par coeur, oui, mais en ce qui concerne leur connaissance active, c'est plutôt mauvais.´

Si la volonté est là, elle s'étiole trop souvent dans la réalité. Et le fil est difficile à suivre entre les dernières années du primaire et le début du secondaire. `Tout cela est lié. Cela forme un ensemble. Or, on constate un certain nombre d'absurdités. Au début des secondaires, certains perdent toute motivation parce qu'ils doivent tout recommencer à zéro. Or, la motivation joue un rôle central dans l'apprentissage d'une langue. Le système devrait être pensé globalement, avec des collaborations entre niveaux qui sont aujourd'hui inexistantes.´

Déplorant le manque d'initiatives spécifiques en Flandre, ce conseiller pédagogique estime à son tour que la législation linguistique devrait être revue et corrigée. `On devrait pouvoir permettre davantage d'échanges entre élèves, on devrait autoriser un enseignant du régime francophone à donner cours en Flandre. Il y a trop de blocages. C'est idiot. Nous avons toutes les possibilités dans ce pays et nous ne les exploitons pas.´ Cela dit, la volonté n'est pas toujours présente. Certains membres du corps professoral néerlandophones craignent les effets d'une différence trop grande de mentalité, dit-il.

Ces dernières années, la Flandre est passée d'un enseignement des langues traditionnel à une approche plus communicative. Une approche positive, conclut Rik De Graaf. `Mais pour cela, il faut des enseignants à même de partager leur connaissance.´ Un constat dur...

© La Libre Belgique 2003

Olivier Mouton

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