Belgique

Selon nos informations, le Service public fédéral (SPF) Justice lancera bientôt un projet pilote pour former le personnel des prisons à la problématique du halal. En effet, même s’il est difficile d’obtenir les chiffres exacts du pourcentage de musulmans dans les prisons belges, des observateurs s’accordent à dire que plusieurs pratiquants de la religion islamique y séjournent. Et il arrive d’ailleurs souvent que des détenus se convertissent à l’islam derrière les barreaux. Il devient fréquent que les gardiens de prisons, les infirmiers et les médecins se trouvent confrontés à des demandes ou des comportements de détenus face auxquels ils sont démunis. “C’est vrai qu’il y a un projet pilote concernant la problématique du halal, mais c’est plutôt des séances d’information”, nous a confirmé un fonctionnaire du SPF Justice.

Il arrive donc que des détenus refusent un médicament sous prétexte qu’il contient de la graisse animale (gelée de porc dans certains suppositoires) ou encore qu’il n’est pas halal. Ou pire encore, qu’il prenne le médicament prescrit par le médecin, mais ne se soigne pas. Une autre situation problématique concerne les cas où des prisonniers soignés par exemple à la méthadone et qui refusent leur traitement sous prétexte qu’on est en période de ramadan.

Le SPF Justice s’est donc adressé à deux spécialistes de la question pour animer les séances de formation : le Belge Bruno Bernard et la Française, Florence Bergeaud-Blackler. Ils viennent de sortir ensemble un guide pratique intéressant (“Comprendre le halal” aux éditions Edipro) sur la problématique du halal, un business moderne avec ses implications financières et les différentes certifications.

Expert en commerce extérieur, Bruno Bernard conseille la Chambre de commerce de Bruxelles sur toutes les questions relatives à la certification halal européenne. Docteur en sociologie, Florence Bergeaud-Blackler est chercheur associée à l’Institut d’étude et de recherche sur le monde arabe et musulman (CNRS) en France.

Les séances devraient débuter en octobre, elles seront, dans un premier temps, organisées à l’intention du personnel soignant notamment les médecins, les infirmiers ou encore les kinésithérapeutes. Et elles pourraient être étendues aux gardiens de prison et aux cuisiniers. Il semble que pour cette première fournée, il y ait un grand intérêt de la part du personnel des prisons pour avoir davantage d’informations sur la problématique de l’islam. Car il faut un nombre précis désireux de participer aux séances d’information pour les organiser. Et apparemment les quotas sont atteints. La participation aux séances se fait sur base volontaire. “Notre mission n’est pas d’apporter des réponses toutes faites aux participants à ces séances, mais de leur donner des éléments qui leur permettront d’éviter des conflits ou d’aller vers des solutions. Ils leur permettront aussi de répondre valablement à des discours de certains détenus sur des choses complètement erronées ou fausses”, nous a confié Bruno Bernard que nous avons contacté.

Sur base de son expérience en France, Florence Bergeaud-Blackler indique que les gardiens de prison se sentent “seuls et mal face à un discours faisant appel à des références islamiques qui leur échappent”.

Dans un premier temps, c’est le personnel soignant de deux prisons francophones, notamment les établissements pénitentiaires d’Andenne et d’Ittre, qui prendront part aux séances de formation. Une initiative similaire devrait viser des prisons dans le nord du pays, avec un spécialiste flamand. Les démarches seraient en cours pour sa désignation.

La France suit de près la démarche belge, car des premiers contacts sont pris avec les autorités de l’Hexagone pour que des séances de formation similaires soient organisées à l’intention des agents pénitentiaires d’outre-Quiévrain.

© La Libre Belgique 2010