Belgique

Du haut de son mètre quatre-vingt-neuf et demi, il dit de lui-même qu'il est un grand homme d'Etat. "Du moins au sens propre", ajoute-t-il aussitôt, quitte à devoir épuiser sa réserve de fausse modestie... Convenons pourtant que beaucoup partagent avec lui l'estime qu'il a de lui-même. Du Sud au Nord, en passant par d'augustes cercles.

Bien né comme l'on dit (ce fut à Edegem il y a 67 ans, de mère anversoise et de père liégeois) et bardé de diplômes économiques, le chevalier de Donnea se sera multiplié sans cesse - et à ce point comme très, très peu d'autres - entre carrière académique (il est notamment professeur émérite de l'UCL), mandats d'administrateurs (publics comme privés) et fonctions politiques à tous les étages.

Une carrière politique, au demeurant, plus originale qu'il n'y paraît au premier regard. Pas seulement parce qu'il n'a absolument rien de la "bête", ayant tout du technocrate éclairé, sérieux, précis, élégant, méthodique. C'est qu'il était catalogué PSC en 1974 lorsqu'Etienne Knoops, alors encore RW, le choisit comme chef de cabinet; puis il hésita un temps à rallier les libéraux à l'implosion du parti wallon; puis on en fit un ministre de la Défense aux allures très "top gun" à ses heures; puis son maïorat de Bruxelles lui valut ses moments à la fois les plus intenses et (à la chute brutale de 2000) les plus durs; puis son éphémère ministre-Présidence bruxelloise ne put qu'à peine cicatriser la profonde blessure de la défaite communale.

"Tourterelle" fut son totem scout et "Soupir" est son bouledogue français... De François-Xavier de Donnea, toujours député fédéral, Guy Verhofstadt a joliment dit naguère qu'il était "l'homme politique de tous les temps". Un profil immuable, en somme. Par l'instabilité qui court, ce n'est pas de refus.