Belgique La piste terroriste est retenue. Aucun suspect n’a été interpellé ou interrogé.

Deux jours après l’attentat contre le Musée juif de Bruxelles, qui a coûté la vie à trois personnes et a laissé une personne entre la vie et la mort - et non décédée comme nous l’écrivions hier dans notre première édition - les enquêteurs restent dans le flou sur les motivations et l’identité du tireur.

Aucune personne n’a été entendue en tant que suspect, a indiqué hier soir le parquet fédéral, qui a repris en charge le dossier. Les faits ont été requalifiés d’assassinat et de tentative d’assassinat à caractère terroriste, ce qui est une compétence exclusive du parquet fédéral. C’est sur base du lieu visé, de l’identité et de la nationalité des victimes - il y a deux touristes israéliens - et l’analyse des images que cette requalification a été opérée. Le sang-froid du tireur, sa détermination et le fait que tout a duré moins de 90 secondes convainquent la justice qu’il s’agit bien d’un acte terroriste.

Un deuxième juge - également spécialisé dans l’antiterrorisme - a été désigné. C’est là une pratique peu fréquente, qui pourrait se justifier par le fait que la juge d’instruction qui était en charge n’était pas bilingue et qu’il s’agit de travailler extrêmement rapidement car la crainte existe que l’auteur pourrait vouloir s’en prendre à une autre cible.

Les policiers en charge de l’enquête ont reçu des appels à la suite de la diffusion des vidéos, prises par les caméras de surveillance, montrant le tireur, casquette vissée sur la tête, rejoindre le Musée juif et en train de tirer à la Kalachnikov vers ses victimes. Le parquet fédéral ne donne pas le nombre de personnes ayant répondu à l’appel à témoins : "Plusieurs témoins ont pris contact", se borne à dire la porte-parole du parquet fédéral, Wenke Roggen.

Un travail de fourmi

D’autres images, prises par les caméras de surveillance situées dans les environs, sont toujours à l’examen. Des policiers sont en train d’éplucher des milliers d’heures d’images. Il est encore trop tôt pour dire si d’autres images pourraient être diffusées pour un nouvel appel à témoins.

Des témoins directs ont vu le tireur lorsqu’il quittait les lieux. "Si des personnes sont capables de coopérer pour faire un portrait-robot, cela sera fait", se borne à dire Mme Roggen.

Le laboratoire de la police judiciaire est retourné sur les lieux pour réaliser des analyses complémentaires sur place. Le Musée juif ne pourra donc vraisemblablement pas rouvrir ses portes aujourd’hui comme il le souhaitait.

Le parquet fédéral, qui travaille régulièrement avec des partenaires étrangers, les a mobilisés. Dans ce cadre, on pense également aux autorités israéliennes, vu la nationalité des deux touristes tués. Ce que ne confirme pas le parquet fédéral.

Mais la presse israélienne avance que les services spécialisés israéliens s’intéressent à l’affaire. Elle relève ainsi notamment que les deux victimes israéliennes, Emmanuel et Myriam Riva, avaient effectué par le passé des missions à l’étranger pour le compte de l’Etat hébreu. Mme Riva avait été affectée au consulat de Berlin. Les services israéliens tenteraient dès lors de vérifier s’il ne pourrait pas s’agir d’un assassinat ciblé. "On ne peut exclure aucune piste", se borne à dire le parquet. Et il ne confirme, ni n’infirme, que le tireur aurait été porteur d’une caméra portative lors de l’attentat.