Belgique

Très optimiste. Irréaliste. Dangereux. L’Itinera Institute, think tank étiqueté de droite, a des mots durs pour qualifier le rapport 2015 du comité d’étude sur le vieillissement (CEV) paru jeudi. Le comité estime que, grâce aux réformes des pensions et prépensions, le coût du vieillissement d’ici à 2060 va baisser de moitié, de 4,2 à 2,1 % du Produit intérieur brut (PIB). Mais les experts d’Itinera Marc De Vos, Jean Hindriks et Ivan Van de Cloot jugent ces effets surévalués. Et ils appellent les responsables politiques à la vigilance. Leur raisonnement, en quatre points.

Les coûts ne baissent que si les carrières s’allongent. Le comité se base sur l’hypothèse, optimiste reconnaît-il lui-même, qu’un relèvement de deux ans de l’âge légal de la retraite implique un report moyen de deux ans des départs effectifs à la retraite. "C’est assez irréaliste , commente Itinera, citant une étude de la KUL consacrée aux Pays-Bas qui montre qu’un relèvement de l’âge légal de 65 à 67 ans ne reporte que de trois mois en moyenne le départ à la pension. La Belgique va-t-elle faire huit fois mieux que les Pays-Bas, qui connaissent un marché de l’emploi plus dynamique que nous ?" Plus étonnant encore, selon le CEV, le rapport entre le nombre de pensionnés et le nombre de travailleurs n’augmente quasi pas entre 2025 et 2035, période où le papy-boom sera pourtant à son apogée. Il y a un an, le CEV estimait pourtant encore que ce rapport entre pensionnés et travailleurs (le coefficient de dépendance) allait croître de 20 % sur la période (voir infographie). Miracle ou mirage ?, demande Itinera, qui pointe que, sans allongement effectif des carrières, les coûts des pensions seront bien plus élevés que ce que veut bien en dire le CEV. Et, malheureusement, notre taux d’emploi entre 55 et 65 ans est parmi les plus faibles d’Europe. Le taux d’embauche des 55-65 ans est même le plus faible, derrière la Grèce ! "Les employeurs ne recrutent plus après 55 ans" , déplore Jean Hindriks.

L’urgence, c’est maintenant. Les estimations à long terme, c’est bien, balance Itinera, mais elles ont pour effet d’évacuer le problème du papy-boom dont le véritable coût se fait sentir entre 2015 et 2035. Pour financer ce coût, le CEV fait l’hypothèse d’une migration nette de 1,35 million de migrants d’ici 2060, dont 360 000 entre 2015 et 2025, et imagine que ces migrants trouveront tout de suite un job. "Mais on sait bien que la Belgique a un gros problème d’intégration des immigrés sur le marché du travail" , lâche M. Hindriks. Irréaliste, ici aussi.

Sans une croissance économique élevée, le vieillissement coûtera beaucoup plus. Les estimations du CEV doivent être encadrées d’une marge d’erreur importante, estime Itinera, car elles dépendent des variations de la productivité, du taux d’emploi, de l’espérance de vie ou des dépenses de santé (que le CEV prévoit stables, alors qu’avec le vieillissement de la population et l’innovation scientifique, elles risquent d’augmenter).

Les chiffres ne sont réalistes que si on réussit la transformation des carrières. Sans une gestion des ressources humaines liée à l’âge, le durcissement des règles de pension se traduira par un transfert des dépenses de pensions vers celles de santé (maladie-invalidité).

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