Belgique

Geneviève Lhermitte, accusée de l'assassinat de ses cinq enfants, a dit lundi devant la cour d'assises du Brabant wallon ne toujours pas comprendre pourquoi elle les avait tués l'un après l'autre. "J'ai agi à l'opposé de ce que je pensais", a-t-elle dit, soulignant, en pleurs, que ses enfants "étaient le moteur de (sa) vie" et exprimant des regrets. Elle a raconté dans le détail comment elle les a égorgés sans ciller, l'un après l'autre.

Geneviève Lhermitte a décrit son mari Bouchaïb Moqadem comme un homme qui pouvait être violent, qui la surveillait sans cesse et qui l'avait coupée de sa famille. Elle a exprimé, en mots très durs, son exaspération et même la répugnance qu'elle éprouvait envers le Dr Michel Schaar. Ce médecin vivait une partie de la semaine avec la famille Moqadem-Lhermitte à Nivelles et subvenait à quasiment tous ses besoins financiers. Geneviève Lhermitte a été interrogée pendant plus de trois heures par le président de la cour d'assises. Lentement, sans marquer de véritable pause, elle n'a pas éludé les détails les plus crus des égorgements.

A propos de sa Mina (7 ans), elle a dit qu'elle voit "son visage qui devient tout mauve quand je l'étrangle" avant de lui "couper la gorge". Elle a décrit Mehdi (3 ans et demi) qui lui "donne des coups de pied" et crie quand elle tente de l'étrangler. "Quand elle était à terre, c'était horrible. Il y avait du sang partout, sur les murs, jusqu'au plafond", a-t-elle dit de l'égorgement de Myriam (9 ans) qu'elle avait tenté préalablement d'assommer avec une plaque de marbre. "C'est avec beaucoup de violences que j'ai fait cela, avec beaucoup de cruauté. Ils ont dû avoir mal. Ils ont dû se dire 'qu'est-ce que maman fait?'", a-t-elle dit en larmes. "A ce moment, je ne voulais pas leur faire de mal", a-t-elle expliqué, indiquant qu'avant les faits "elle s'était donnée à 200 pc pour eux". "C'est une atrocité ce que j'ai fait", a-t-elle encore dit avant de conclure par un "je ne sais pas expliquer cette violence vis-à-vis de mes enfants".

Elle a dit ne toujours pas comprendre son geste. "Comprendre ce qui s'est passé car je n'ai toujours pas compris. J'ai agi à l'opposé de ce que je pensais", a-t-elle dit au président qui lui demandait ses attentes par rapport à son procès d'assises.

Elle a décrit son désespoir actuel: "Souvent, je voudrais rejoindre mes enfants", expliquant qu'en octobre, elle a tenté de se suicider en prison en serrant une corde et un foulard autour de son cou.

Elle a souligné qu'il était important pour elle d'avoir un procès: "peu importe la peine. Je suis là entre quatre murs à regretter avec toutes les larmes de mon corps l'horreur que j'ai commise. J'ai du mal à vivre mais c'est de ma faute". Elle a confié n'avoir "plus rien à perdre" car elle n'a plus ses enfants à côté d'elle.

Dans sa lettre d'adieu laissée chez une amie avant le quintuple infanticide, Geneviève Lhermitte accusait son mari d'être sourd à sa détresse. Elle s'y prenait au Dr Schaar, le qualifiant de "salopard qui m'a pourri ma vie, volé mon intimité avec mon mari et mes enfants".

Elle a ainsi décrit lundi plusieurs scènes de coups infligés par son mari dès le début de leur vie commune. Elle a notamment expliqué qu'il avait voulu lever la main sur elle quand elle voulait se rendre à l'hôpital pour l'accouchement provoqué de leur deuxième enfant. Selon l'accusée, son mari était exaspéré car il ne se sentait pas prêt ce soir-là pour s'occuper seul de leur fille aînée.

Elle a réservé ses mots les plus durs pour celui qu'elle ne désigne que par le vocable "Schaar". Elle reconnaît que sa famille était "totalement dépendante financièrement" de cet homme qui considérait son mari comme un fils adoptif. "J'en avais assez de cette vie avec Schaar, à qui on ne pouvait faire de remarques, qui ne respectait pas les règles d'hygiène et de pudeur", avant de souligner qu'il était "un vrai boulet" et qu'il n'avait pas de personnalité. "Combien de fois l'ai-je dit à mon mari!", a-t-elle ajouté, soulignant que Bouchaïb Moqadem n'a jamais voulu agir pour se séparer de cet homme qu'il considérait comme son "protecteur".

L'interrogatoire de Geneviève Lhermitte, auquel n'ont pas assisté son mari et le Dr Schaar, se poursuivra mardi avant le témoignage de ces deux hommes.