Belgique

Depuis 2001, indique son directeur, Ahmed Akim, le Centre de médiation des gens du voyage en Wallonie travaille à dépassionner le débat (c’est-à-dire à "faire du sujet une question sociale, culturelle, éducative, de santé, etc., comme une autre" ), à informer sur les réalités, à aider les nomades comme les autorités à chercher des solutions ponctuelles ou structurelles aux problèmes.

Au dixième anniversaire, le constat est mitigé. "Malgré l’intervention du Centre, la situation est de pire en pire en Wallonie" , témoigne Etienne Charpentier, le président du Comité national des gens du voyage. "Elle est plus que préoccupante , prolonge M. Akim : à quelques exceptions notables près, on a régulièrement des tensions à chaque fois que des gens du voyage arrivent."

Du reste, la Belgique a été pointée du doigt à plusieurs reprises par des organismes internationaux; et la réalité est "dramatique" , poursuit le directeur du Centre, ces deux seuls chiffres à l’appui : l’espérance de vie des gens du voyage en Belgique est de vingt ans inférieure à la moyenne nationale; leur taux d’analphabétisme atteint de 25 à 30 %.

Pourtant, des solutions existent, sont expérimentées. Huit communes ont adhéré à un projet d’organisation concertée du séjour des gens du voyage, dont le Centre cite en modèles Hotton, Namur et Ottignies/Louvain-la-Neuve; une dizaine d’autres s’engagent dans des formes similaires. Sur 262 communes.

Comment arriver à plus ? La plupart des gens du voyage, répond le Centre, demandent un cadre régional organisant le séjour des gens du voyage dans toutes les communes pour des groupes ne dépassant pas la quarantaine de caravanes. Cela dit, "si l’approche volontariste a atteint ses limites" , M. Akim pense qu’une transposition des règles françaises, où toute commune de plus de 5 000 habitants doit prévoir une aire d’accueil, "serait compliquée et, en période de crise, ne serait pas la meilleure chose". Il préconise non pas de contraindre, mais d’élargir les expériences à l’ensemble du territoire wallon pour diminuer la pression qui pèse sur les communes volontaires.

Toute généralisation serait impossible, réagit quant à elle la ministre Eliane Tillieux (PS). Son projet de décret en gestation doit permettre "de mieux régir les situations dans un cadre contractuel, de proposer à toutes les communes des pistes très concrètes pour mieux accueillir et dépasser les a priori".

Enfin, les gens du voyage souhaitent la possibilité d’obtenir un permis d’urbanisme pour les caravanes, de manière à les reconnaître comme logements et les laisser sans difficulté sur le même terrain durant l’hiver. "Actuellement, ce n’est pas possible et ce n’est pas envisagé" , répond Mme Tillieux. A ce propos, on ne confondra pas la situation des gens du voyage avec celle des résidents permanents dans des zones de tourisme et loisirs; ni avec celle des Roms dont le Centre de médiation s’occupe aussi par ailleurs : on touche ici, explique Ahmed Akim, à une situation de migration sociale et politique d’une minorité "très discriminée" dans ses pays d’origine d’Europe centrale.