Belgique

On a appris mercredi matin - la nouvelle ayant causé de grands remous dans le monde culturel francophone - qu'une vague de perquisitions venait d'être déclenchée sur ordre du juge d'instruction financier bruxellois Michel Claise dans plusieurs institutions, de la Maison communale de Mons où est implanté l'Orchestre de chambre de Wallonie au Conseil de la musique, à Bruxelles, en passant par le Botanique et le Conservatoire de la capitale. Le domicile de M. Dumortier a également été perquisitionné.

En cause : une vive suspicion contre l'intéressé, secrétaire général du Conseil de la musique, ex-directeur du Botanique (Bruxelles) et proche des autres institutions. Comme le parquet de Bruxelles nous l'a confirmé, M. Claise a d'ailleurs longuement entendu l'intéressé dans le courant de l'après-midi, avant de lui décerner un mandat d'arrêt pour divers chefs d'inculpation, allant de l'escroquerie et du détournement au faux en écriture et à la fraude fiscale. L'épouse de Georges Dumortier a également été interpellée et entendue, mais le juge Claise a renoncé, dans un "souci social" a expliqué le parquet, à la placer sous mandat, pour préserver leur jeune fils.

Mais qu'a donc fait M. Dumortier - qui est bien entendu présumé innocent ? La justice le suspecte très vivement d'avoir lourdement et pendant des années abusé du système des notes de frais (représentation et mission). Au mois de juin dernier déjà, il avait été l'objet d'une enquête administrative sur de telles notes laissant penser qu'il avait fêté ses 65 ans aux frais du Conseil de la musique. Dont coût : 6 060 euros. Il avait démenti, évoquant une "avance" remboursée, mais des anomalies avaient été mises au jour dans certaines factures et cette enquête avait été déclenchée, suite à un envoi anonyme de notes de frais apparemment truquées à un membre du conseil d'administration du Botanique, qui les avait fait parvenir à Henry Ingberg, le secrétaire général de la Communauté française, lequel avait fait de même vers la ministre de tutelle, Fadila Laanan (PS). Dumortier avait été suspendu.

Des courriers, notamment électroniques, et ces factures montraient en effet par exemple que, sur 150 bouteilles de vin destinées au Conseil, 50 avaient été livrées au domicile de l'intéressé ou qu'il demandait à des fournisseurs d'éviter de noter le lieu de livraison de certains articles.

Bref, rien d'étonnant à ce qu'une instruction ait été ouverte (une dénonciation des faits ayant du reste été faite à Mons, le dossier étant transféré à Bruxelles). Mais les surprises se sont encore accumulées. Si on savait déjà M. Dumortier capable de déposer pour la même journée une note de restaurant de 200 euros et une note de... collation de 1,5 euro (pour un Mars ?, un sachet de cacahuètes ?), les enquêteurs du juge Claise se sont rendu compte que l'intéressé rentrait parfois la même note de frais auprès des trois institutions où il exerçait des responsabilités, Botanique, Orchestre royal de chambre de Wallonie et Conseil de la musique.

Même pendant l'instruction

Le juge Claise a même dû s'étrangler lorsqu'il est apparu que, malgré l'enquête administrative le concernant, M. Dumortier avait poursuivi ses méfaits - jusqu'à causer l'écoeurement de certains dans le milieu culturel, nous y dit-on.

Mais quelle somme cela peut-il concerner ? "Il est impossible de le dire à ce stade", répondait mercredi Jos Colpin, le porte-parole du parquet, "mais il est probable que le dommage soit important vu la longueur de la période infractionnelle". Des années dont le compte n'a pas encore pu être fait...

© La Libre Belgique 2006