Gosuin: "Armand De Decker sera le premier à faire des concessions à la Flandre"

Leslie Berdelou Publié le - Mis à jour le

Belgique Cette semaine, Armand De Decker (MR) est sorti de sa réserve et a notamment estimé que le FDF n'avait plus que 5 ou 10 ans à vivre. Une déclaration qui n'a pas manqué de faire réagir Didier Gosuin, le président du groupe FDF au Parlement bruxellois, notre invité de ce samedi sur LaLibre.be. Il commente également plusieurs sujets chauds du moment dont les propos d'élus cdH sur le décret inscription ainsi que la politique budgétaire à mettre en place pour sortir de la crise.

La déclaration d'Armand De Decker est-elle pour vous une déclaration purement électoraliste ?

Des déclarations comme ça, j'en ai déjà entendues des dizaines depuis que le FDF existe. C'est un peu cette croyance qu'ont certains francophones de croire que la réforme institutionnelle a enfin abouti, que le pays est enfin apaisé. En réalité, c'est un mythe. La 6ème réforme dont se glorifie Armand De Decker n'est pas encore conclue que déjà Kris Peeters parle de la 7ème et que la N-VA s'envole dans les sondages et réclame encore davantage de droits pour la Flandre. Temps que nous n'aurons pas retrouvé un équilibre entre les Belges et reconnu à Bruxelles son véritable statut de région à part entière, le FDF aura toujours une existence. Et je crois que le FDF durera plus longtemps que ne durera la carrière d'Armand De Decker.

D'après le baromètre de La Libre, votre parti est crédité de 11% dans la capitale. Mais suite au divorce avec le MR, ne craignez-vous pas de perdre des maïorats dans certaines communes ?

Il ne faut pas oublier que c'est un nouveau parti puisque nous avons fait auparavant du chemin avec les libéraux. Nous partons de rien pour tout reconstruire. Il est indispensable que le FDF soit là pour éviter que la conscience francophone ne s'envole. Et, bien entendu, les autres partis francophones et Armand De Decker en tête seront les premiers pour tout concéder et donner à la Flandre ce qu'ils souhaitent, c'est à dire le contrôle de Bruxelles.

En vue des élections communales, on entend parler d'alliances dans certaines communes, ou de refus catégoriques de s’associer dans d'autres. Mais dans votre fief, à Auderghem, il semblerait que les tractations soient plutôt calmes. Comment l'expliquez-vous ?

Nous gérons cette commune en bon père de famille. C'est la seule qui depuis 30 ans est en équilibre budgétaire, qui investit, qui voit sa population croître, qui a les impôts les plus bas, etc. Évidemment, dans ce contexte un peu anachronique par rapport à tout ce qui va mal autour, il est évident qu'il n'y a pas de tension politique.

Des élus cdH de la périphérie bruxelloise ont écrit à la ministre de l'Enseignement Marie-Dominique Simonet pour dénoncer les effets pervers du décret "inscriptions". Vous les soutenez dans leurs démarches ?

C'est quand même un peu étonnant. Voilà le cdH qui écrit à sa ministre cdH pour dire que les cdH ne sont pas contents avec la politique qu'elle mène... Quelle hypocrisie! Depuis le début, le FDF dit que ce décret inscription est un scandale dans ce pays. Les francophones qui vivent en dehors de Bruxelles et de la Wallonie ne sont plus considérés comme des gens qui vivent dans le même pays. Il ont le même statut que les Belges de l'étranger. C'est inimaginable dans les autres États et pourtant c'est ce qu'a fait la ministre cdH. Et je suis étonné de cette hypocrisie de voir les élus cdH condamner une position de leur ministre cdH.

Le nouveau président français François Hollande voudrait mettre fin à la politique d'austérité des années "Merkozy" et plaide pour la croissance. Où vous situez-vous ?

C'est vraiment le bête débat entre la gauche et la droite. Est-ce qu'il faut le faire pour 2015, c'est-à-dire à un rythme trop important susceptible de créer de la récession ? Je ne le pense pas. Il faut se donner le temps tout en montrant notre détermination à remettre nos comptes à l'équilibre. Coté croissance, nous ne retrouverons plus jamais celle des années antérieures. Nous allons connaître une croissance qui sera molle de 0,5 à 1%. Elle ne sera jamais suffisante pour résorber le nombre de chômeurs, il faut donc des politiques d'emploi, de qualification et de revalorisation de notre enseignement technique et professionnel afin de remettre les gens au travail autrement que par le biais du levier économique. Donc la relance, oui, mais pas n'importe laquelle.

Enfin, tous domaines confondus, un sujet vous a-t-il particulièrement marqué cette semaine ?

On voit finalement que dans notre société les libertés individuelles sont mises en question. Le droit à la justice, quand on est fragilisé, est de plus en plus mis en question parce qu'on ne donne pas les moyens de financer les pro-deo, de faire tenir les séances du tribunal, de donner des peines ou conclure des jugements. Ce qui me chagrine également c'est que sur le plan social et médical c'est la même chose. On affiche énormément de droits mais en réalité notre champ de libertés individuelles se restreint de plus en plus parce que l’État désinvestit massivement dans un certain nombre de services essentiels à la population que ce soit l’enseignement, la justice, la sécurité ou la santé.

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