Belgique

La grève lancée par les syndicats - en front commun - ce lundi 30 janvier a-t-elle été un succès ou au contraire un échec ? A question rituelle, réponse convenue : cela dépend des points de vue. Pour les leaders syndicaux, le mot d’ordre de grève générale a fait l’objet d’un " très bon suivi ". Pour les fédérations patronales, le mouvement n’a eu qu’un " impact très limité " sur l’économie. C’est que le conflit social est aussi une guerre de com’. Il ne se gagne pas seulement devant les portes des entreprises. Il se joue également dans les esprits.

Mais dans les faits, il est bien difficile de dire si la grève a été un succès ou pas. Comment faire la part des choses ? Les situations peuvent être très différentes d’une région à l’autre, d’un quartier à l’autre, d’une entreprise à l’autre. C’est que la capacité des délégations syndicales à mobiliser varie beaucoup selon les endroits. Comment expliquer sinon que ce Delhaize de Schaerbeek était barré par un piquet alors que le Colruyt situé 200 mètres plus loin, était bien ouvert ?

Et puis, il y a eu un tas d’entreprises qui tournaient au ralenti non pas parce que des grévistes en empêchaient l’accès, mais parce que leurs travailleurs ont préféré se mettre en congé plutôt que d’affronter les éventuels risques d’embouteillage liés à l’absence de transports en commun. Et leur nombre devait être impressionnant si l’on en juge par l’étonnante fluidité du trafic sur les routes belges ce lundi.

Parfois, ce sont les clients qui ont anticipé la grève et repoussé au lendemain leurs intentions d’achat. Ou les usagers des services publics qui ont renoncé à y faire appel. " Je me suis rendu à mon école", témoignait un enseignant. "Comme la plupart de mes collègues. J’ai pu donner mes cours, sauf devant une classe parce qu’il n’y avait presque pas d’élèves présents ."

Enfin, il y a des entreprises perturbées par des piquets installés à l’entrée des zonings. Même les syndicats vous le concéderont : cela permet de bloquer un grand nombre d’entreprises avec un minimum de monde. " On fait cela à la demande de certains affiliés dans les PME", justifie un permanent syndical. "Ils n’osent pas organiser un piquet devant leur propre entreprise de peur des représailles." C’est sans doute efficace. Mais cela n’autorise pas les syndicats de dire que les membres du personnel de ces entreprises adhèrent au mot d’ordre de la grève comme un seul homme. Relevons quand même sur ces blocages ont été moins nombreux que lors de la grève contre le Pacte des générations d’octobre 2005.

Là où le succès a été incontestable, c’est dans les transports en commun. Pas de train, pas de métro à Bruxelles, pas de bus à Bruxelles et en Wallonie et très peu en Flandre. Or c’est un secteur qui compte beaucoup dans le bon fonctionnement de l’économie et donc dans le succès d’une grève.

Tous les secteurs publics n’ont toutefois pas été touchés aussi durement. La distribution du courrier a été fortement perturbée en Wallonie à cause de l’arrêt de travail dans les centres de tri de Liège et de Charleroi. Mais la tournée des journaux s’est déroulée à peu près normalement alors que dans les autres régions, bpost n’a pas vraiment senti les effets de la grève. Dans les administrations publiques fédérales, les premiers sondages réalisés par les autorités ne montraient pas non plus une baisse du volume d’activité très nette. Tout ce que l’on disait, c’est que de nombreux fonctionnaires ont travaillé depuis leur domicile. L’enseignement a été diversement touché - mais il était parfois difficile de dire si c’était davantage à cause d’enseignants grévistes que d’élèves brosseurs.

Dans le secteur privé aussi, le mouvement a été diversement suivi. Les grandes entreprises ont été généralement touchées par la grève - toutefois davantage en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. Ce fut le cas des entreprises technologiques où la tradition syndicale est souvent bien ancrée. Ce fut le cas aussi dans la grande distribution. A signaler toutefois qu’un huissier a fait lever un piquet de grève posté à l’entrée du centre de distribution de la chaîne Colruyt à Ghislenghien.

Mais la grève a finalement très peu touché les petites et moyennes entreprises, où les syndicats n’ont généralement pas leurs entrées. Or les PME représentent une grande part de l’activité économique du pays.

Au bout du compte, on se retrouve donc avec la même question : cette grève, ce fut un succès ou pas ?