Haarscher : "Mgr Léonard s’est mis l’auditoire de l'ULB en poche"

Entretien: Dorian de Meeûs Publié le - Mis à jour le

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Belgique

Quatre militantes de Femen ont fait irruption seins nus dans un auditoire de l’ULB, où se tenait un débat sur le blasphème opposant Mgr André Léonard et le philosophe Guy Haarscher mardi soir. L’archevêque de Malines-Bruxelles a été aspergé d’eau… LaLibre.be a contacté le professeur Guy Haarscher ce mercredi.

Dans quelles circonstances s’est passée cette intervention des Femen au début du débat ?

Monseigneur Léonard et moi-même devions débattre sur le thème du blasphème. Dès les premiers mots de Léonard, des filles – comme le font toujours les Femen – se sont dénudées le torse afin de montrer les textes écrits en noir sur leur poitrine. Elles ont aspergé Léonard d’eau à partir de flacons et pipettes. Même si ce n’était que de l’eau, cela apparaissait très violent surtout face à un vieil homme. Mais vu qu’il a torché sa veste et reçu la chose avec énormément de calme, cela lui a immédiatement attiré la sympathie d’un auditoire qui ne lui était pas vraiment favorable… comme vous pouvez l’imaginer. Et bien, il s’est mis l’auditoire en poche, de son côté.

Cela a été perçu comme une agression violente?

Vous savez, ayant déjà été entarté, je peux vous dire que ce genre de choses apparaissent très violentes. Concrètement, quand on vous jette une tarte ou du liquide sur le visage, vous ne savez pas ce qu’il y a dedans. Cela fait très très peur. Heureusement que ce n’était que de l’eau, mais cela aurait pu être de l’acide ou autre chose… Il y a donc un côté violent qu’on ne devrait pas permettre. D’autant que je suis en total accord avec elles sur le fond et en total désaccord avec Léonard sur l’homosexualité. Même si je suis en total désaccord avec lui, il a le droit d’exprimer ses opinions !

Comment jugez-vous cette action des Femen ?

Comme les Pussy Riots, ce sont des femmes courageuses qui ont mené des combats importants face à des régimes totalitaires. Elles osent s’affirmer contre les dogmatismes, l’intolérance et l’inégalité des femmes. Tout cela est bien, sauf que leur mouvement atteint ses limites lorsqu’elles s’en prennent aux acteurs d’un débat démocratique. D’ailleurs, elles sont déjà critiquées par des féministes. Elles ont agi comme des entarteurs, mais avec un message politique. Ce type d’actions n’a pas beaucoup de sens dans une société démocratique…

Ca vous a donc choqué ?

Ce qui me choque le plus, c’est l’attitude des photojournalistes présents. Quand on est arrivé dans la salle, nous étions tous les deux surpris par le nombre de photographes. Ils étaient une dizaine ! Ils ont évidemment photographié toute la scène… puis sont partis avec les Femen. C’est donc important de dénoncer cet évènement concocté entre les Femen et les photographes pour vendre leurs images. La preuve, l’évènement était sur LaLibre.be et d’autres sites peu après.

Dans la rédaction, nous n’avions pas été prévenus…

Bien sûr que vous n’étiez pas au courant, mais je vous le dis: c’était un évènement orchestré entre eux. Ils sont partis avec elles, donc le débat ne les intéressait pas du tout. Ils étaient au courant, ne nous ont pas prévenus… Du point de vue de la déontologie de ces photographes, ce n’est pas acceptable !

Suite au débat annulé par le devenu célèbre ‘Burqa bla-bla’ et l’entartage d’Elio Di Rupo, cela donne à nouveau une image de l’ULB peu enviable. On se demande s’il est encore possible de tenir des débats sereins sur des sujets sensibles à l’ULB ?

Par hasard, j’étais présent aussi lors du débat avec Caroline Fourest. Je ne crois pas qu’ici on puisse dire que c’est l’ULB… Les actions des Femen, il y en a en France et partout ailleurs. Elles s’attaquaient à Léonard pour des propos tenus récemment sur l’homosexualité. Pour Caroline Fourest, ce n’était pas non plus le débat qui était dénoncé, mais des propos tenus par celle-ci qui étaient considérés par certains comme étant islamophobes. La grande différence, c’est que la conférence d’hier a pu se tenir, ce qui n’était pas possible lors de la conférence avec Caroline Fourest.

Que pourriez-vous faire pour empêcher ce genre d’actions ?

C’est très difficile, car les Femen agissent toujours par surprise. Elles étaient assises dans la salle normalement au milieu des étudiants. Que peut-on faire de plus ? Ce sont des filles…. on peut difficilement leur casser la figure (rires). Ce qu’on peut faire, c’est prévoir un service d’ordre plus important pour chaque conférence plus sensible ou délicate. Si c’est vraiment nécessaire pour protéger les intervenants.

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