Belgique

On sait la passion que le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, voue aux haïkus, ces brefs poèmes d’origine japonaise exprimant l’évanescence des choses. L’ancien Premier ministre CD&V aime aussi la poésie flamande. Notamment "De Meeuw" (la mouette) du prêtre Cyriel Verschaeve, que l’alors député fédéral avait posté sur son site web personnel, en janvier 2007. Sans imaginer, à l’époque, le tumulte que cette initiative engendrerait, sept ans plus tard. C’est notre confrère de "Libération", Jean Quatremer, tuyauté par un historien belge, qui a ouvert le feu sur son blog "Les Coulisses de Bruxelles", s’étonnant que le président du Conseil européen publie sur son site le poème d’un nationaliste flamand, sympathisant nazi et collaborateur notoire, condamné à mort par contumace.

Le président du Conseil européen a retiré le poème de sa page web "pour éviter toute équivoque", ainsi qu’il l’a expliqué au mensuel juif anversois "Joods Actueel", relate le blogueur belge Marcel Sel. L’ex-Premier a souligné que lui et son épouse avaient toujours aimé ce poème, insistant sur le fait que ce texte sans connotation idéologique avait été écrit in tempore non suspecto, en 1909.

Le débat n’est toutefois pas éteint, entre ceux qui jugent qu’on ne peut dissocier une œuvre de son auteur et ceux qui pensent le contraire. Considérer qu’en publiant le poème de Verschaeve, le président du Conseil européen s’est fait le chantre du collaborationnisme flamand nous semble lui faire un mauvais procès. Ce qui n’empêche pas d’estimer qu’en offrant une tribune à un personnage sulfureux, Herman Van Rompuy, d’ordinaire si prudent, a commis une coupable maladresse.