Hoyos: "Légitime qu'Ecolo ait un bourgmestre à Bruxelles"

L.Be. Publié le - Mis à jour le

Belgique A l'arrêt pour entretien depuis début juin, le réacteur nucléaire n°3 de la centrale de Doel est aujourd'hui au cœur d'une polémique après que des anomalies aient été constatées sur la cuve. Dévoilée par l'Agence de contrôle nucléaire, l'existence d'un risque de sécurité concerne également l'un des trois réacteurs de Tihange. En tant qu'invité du samedi de LaLibre.be, la co-présidente d'Ecolo Emily Hoyos commente ce fait d'actualité. Elle évoque également le décès de Michel Daerden et bien d'autres dossiers qui ont marqué la semaine qui vient de s'écouler.

Le réacteur nucléaire n°3 de Doel 3 est toujours à l'arrêt suite à la découverte d'anomalies. Personnellement, avez-vous le sentiment qu'il y ait un réel danger ?

Je ne suis pas scientifique mais j'ai eu accès à des échanges de mails entre personnes qui sont au chevet de ce réacteur... Ce qui m'inquiète particulièrement c'est que visiblement l'anomalie date de sa conception. Mais j'espère qu'au moment où on se parle il n'y a pas de danger. Nous sommes tout de même vraiment inquiets quant à la gestion de ce problème et c'est la raison pour laquelle Écolo demande d'urgence que l'on puisse réunir la sous-commission sécurité nucléaire. Nous voulons que les députés puissent entendre les ministres sur la manière dont l’État compte gérer ce qui pourrait être un très gros problème à la fois pour la sécurité et pour l'approvisionnement électrique en Belgique.

Suite à Fukushima, cela ne pourrait-il pas être un excès de précaution de la part de l'autorité de contrôle ?

Je conseille pour la sécurité de nos citoyens que nous ne nous disions pas que c'est un excès de précaution. Les pays voisins utilisent la méthodologie que l'on utilise ici pour la première fois et, grâce à cela, ils ont repéré ce type de problèmes et considèrent qu'ils sont graves. Je note également que les ministres fédéraux semblent préoccupés par cette question... Par ailleurs, l'agence de sureté nucléaire elle-même n'excluait pas d'arrêter définitivement le réacteur.

Cet incident tombe bien pour ceux qui sont contre le nucléaire, mais mal pour le gouvernement...

On s'est rendu dépendant des gros producteurs d'électricité et, maintenant, il suffit qu'il y ait un réacteur qui a un problème pour qu'on soit dans une difficulté d'approvisionnement en électricité. Outre la réponse au problème immédiat qu'on vient de constater, il faut donc à tout prix investir dans le développement d'autres formes d'énergies et, en l'occurrence, d'énergies renouvelables qui, d'une part, sont beaucoup moins dangereuses et, d'autre part, reposent sur de multiples petites sources d'énergies. Si l'une est en panne, ça ne compromet pas l'approvisionnement de la Belgique.

Mais peut-on réellement et rapidement mettre sur pied ce genre d'alternatives ?

Les régions travaillent pour se doter d'autres formes d'énergies. Il y a des objectifs ambitieux en termes de technologies éoliennes notamment. Il s'agit à la fois d'assurer la sécurité d'approvisionnement en faisant en sorte que les Belges ne soient pas obligés de s'éclairer à la bougie et de sortir du nucléaire sans un surcoût exorbitant pour les ménages.

Autre sujet polémique de la semaine, la mise en liberté conditionnelle de Michelle Martin. Certains, dont les parents des fillettes, veulent qu'elle purge l'intégralité de sa peine. Personnellement que pensez-vous des peines incompressibles ? Faut-il les instaurer en Belgique ?

Je comprends la colère des parents des victimes vue la gravité des faits commis par Michelle Martin à l'époque mais finalement qu'elle sorte maintenant, dans 10 ans ou dans 20 ans, la colère sera toujours là. Cette colère légitime a été, par le passé, le moteur de changements positifs dans la société. C'est grâce à la colère des parents des victimes que, dans les années 90, on a profondément changé la justice et la police. A cette époque, les autorités politiques ont mis de coté l'idée des peines incompressibles en choisissant d'autres formes de suivis judiciaires. On voit aujourd'hui que tout n'est pas parfait et que, par exemple, le tribunal pour l'application des peines manque de moyen, tout comme le suivi des délinquants sexuels. Je pense que c'est plutôt sur ce genre de chose que l'on doit travailler plus que sur des peines incompressibles.

Les élections communales approchent à grand pas. Quelles sont les ambitions d'Ecolo ? Combien de mayorats visez-vous ?

Notre principal objectif est de faire en sorte qu'il y ait davantage d'élus Ecolo dans les communes parce qu'on voit que l'ensemble des défis économiques, écologiques et sociaux auxquels le parti veut s'attaquer se répercutent très concrètement dans les communes. Cependant, on ne s'est pas fixé de chiffre magique ou fétiche auquel on veut aboutir. On pense que ce serait légitime qu'au lendemain des élections, Ecolo ait un bourgmestre à Bruxelles. Il y a toute une série de communes où on est dans la majorité et où on pense qu'on fait du bon boulot. On devrait donc y rester.

Dans quelles communes pensez-vous qu’Ecolo ait toutes ses chances ?

Il y a bien sûr l’enjeu de Namur, la capitale wallonne, mais également à la commune d'Amay. Ecolo fait de bons scores dans de nombreuses communes. Dans le Hainaut, on a réussi à amener une manière plus verte de faire de la politique communale.

Dans quel état d'esprit êtes-vous personnellement ?

Ce sont des élections vraiment fondamentales parce que le niveau communal est un niveau de pouvoir où on peut travailler main dans la main avec les citoyens, les associations, etc. C'est vraiment une autre manière de faire de la politique, très enthousiasmante. Et face à l'ampleur des crises auxquelles on est confronté, c'est rassurant de se rendre compte qu'au niveau communal il y a moyen de monter des projets concrets permettant d'avoir prise sur les grands changements qui se passent autour de nous. Et ça, ça me nourrit.

Autre fait marquant de la semaine, le décès de Michel Daerden. Comment avez-vous appris la nouvelle et quelle a été votre première pensée ?

J'ai appris la nouvelle par l'agence Belga, comme l'ensemble de mes collègues, j'imagine. Ma première pensée a été vers les proches et la famille de Michel Daerden car c'est d'abord un papa qui est mort beaucoup trop tôt.

Avez-vous eu l'occasion de le côtoyer ? Que retiendrez-vous de l'homme ?

J'étais présidente du Parlement wallon lorsque, quelques mois après les élections de 2010, il est redevenu parlementaire. C'était un homme d'une grande chaleur humaine qui s'est démené pour sa région. Un travailleur.

Assisterez-vous à ses funérailles ?

Pas personnellement mais Ecolo sera bien entendu représenté par des personnes qui l'ont bien connu, comme José Daras et Nicole Maréchal, qui ont tous les deux été ministres aux côtés de Michel Daerden entre 1999 et 2004.

Philippe Moureaux a dénoncé “le niveau olympique d'hypocrisie” de certains sans désigner précisément qui il visait. Qu'en pensez-vous ?

Je ne vais commenter ni les propos de Philippe Moureaux, ni les propos de ceux qui parlent de Michel Daerden en éloge ou en critique. Je pense que c'est vivant que l'on doit commenter les faits et gestes d'un politiques et pas quand il est décédé.

Dans l'actualité internationale de cette semaine, on apprend que Nicolas Sarkozy fait petit à petit son retour sur le devant de la scène n'hésitant pas à critiquer François Hollande. Pensez-vous que ce soit le meilleur moyen de revenir ?

J'imagine qu'à titre personnel Nicolas Sarkozy doit retomber sur ses pattes, construire un projet à la fois politique et personnel. Par ailleurs, le système politique français étant très binaire, ce n'est pas étonnant qu'un ancien homme qui incarnait la droite se mette à critiquer celui qui incarne la gauche. On est dans une polémique d'été à un moment qui n'est pas tout à fait neutre puisque la droite française tente de se reconstituer.

Enfin, un dernier sujet, plus léger... Suivez-vous les Jeux olympiques ?

Lorsque j'ai fini de travailler vers 21h, il m'arrive d'allumer la télé et je suis ce qui se passe pendant cette heure-là. J'ai vu les demi-finales et la finale du 400 m et la finale du 100m.

Que pensez-vous des résultats des Belges ?

Je me suis fait la réflexion l'autre jour en écoutant les commentaires des demi-finales du 400 m et la finale... Je me suis dit: "Ce sont des athlètes, ils font leur boulot du mieux possible, ils sont dans une compétition avec d'autres athlètes. Ce n'est pas l'avenir et l'honneur de la Belgique qui est en jeu". Je vois le sport davantage comme un moyen d'émulation positive, comme un moyen de faire des rencontres, et de repousser ses propres limites. Quand je regarde la finale du 400 m, je trouve que même s'ils n'ont pas gagnés, ils ont super bien couru. Ils ne reviennent pas avec une médaille mais je reste fière d'être belge.

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