Belgique Les services secrets soudanais auraient été chargés d’identifier leurs compatriotes en Belgique.

La délégation belge aux Nations unies a-t-elle entendu parler, à New York, de la nouvelle polémique qui vise le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Theo Francken (N-VA), qui fait partie du voyage ?

Le quotidien flamand "De Morgen" a révélé, mardi, que la délégation de représentants soudanais, invitée dimanche sur le sol belge afin d’identifier des compatriotes en séjour illégal, était composée d’agents des services secrets soudanais. C’est ce qu’avance le spécialiste du Moyen-Orient, Koert Debeuf, cité par "De Morgen".

Pour rappel, les services secrets soudanais ont été dirigés, il y a dix ans, par l’actuel ambassadeur du Soudan à Bruxelles, Mustrif Siddiq.

L’Office des étrangers affirme que la délégation active à Bruxelles est composée de fonctionnaires du ministère de l’Intérieur accompagnés de membres de l’ambassade.

Une première rencontre le 7 septembre

Le 7 septembre, le secrétaire d’Etat Theo Francken avait déjà reçu l’ambassadeur soudanais à Bruxelles. A l’issue de la rencontre, il avait signifié que Khartoum était disposé à délivrer des laissez-passer afin de permettre le rapatriement de ses ressortissants en séjour illégal en Belgique. "Il s’agit de la plus grande opération d’identification jamais organisée", s’était alors félicité M. Francken.

Ces migrants soudanais ont, pour la plupart, été interceptés lors des fréquentes opérations de police menées autour de la gare du Nord de Bruxelles et du parc Maximilien. Ils ont ensuite été placés en centres fermés.

Ligue des droits de l’homme scandalisée

Le président de la Ligue des droits de l’homme (LDH), Alexis Deswaef, s’est dit, mardi, scandalisé par l’accord conclu entre la Belgique et le Soudan. Il rappelle que le président de l’Etat africain fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI). "Un simple secrétaire d’Etat comme M. Francken est en train de torpiller la crédibilité de la Belgique sur la scène internationale, alors que MM. Michel et Reynders sont à New York pour défendre la candidature belge au Conseil de sécurité des Nations unies. Le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères avalisent-ils cette collaboration avec le Soudan ?", demande Me Deswaef.

Sur les 158 migrants d’origine soudanaise interpellés depuis le début des actions au parc Maximilien et à la gare du Nord, aucun n’a, pour l’instant, été rapatrié vers son pays d’origine, a indiqué, mardi, l’Office des étrangers au moment où Ecolo réclamait la réunion de la commission de l’Intérieur.

"Vous invitez la police soudanaise, aux ordres du tyran, à identifier des gens qui le fuient !", a lancé le député Benoît Hellings (Ecolo) à l’adresse du secrétaire d’Etat à l’Asile. Les verts souhaitent connaître le contenu de l’accord conclu avec le Soudan, qui leur semble incompatible avec la Convention de Genève, le nombre de migrants éventuellement renvoyés vers le Soudan depuis lors et la présence parmi eux d’opposants politiques.

Le chef de groupe Ecolo à la Chambre, Jean-Marc Nollet, a réclamé mercredi du Premier ministre Charles Michel - actuellement à New York pour participer à l'Assemblée générale des Nations unies - qu'il vienne s'expliquer "le plus vite possible" à la Chambre.


Le Soudan, un régime dictatorial

Gouvernement islamiste. Le Soudan est dirigé par le président Omar El Béchir, poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre au Darfour (province à l’ouest du pays, en rébellion depuis 2003). Il a mis en place un gouvernement islamiste qui laisse peu de place à l’opposition. Outre le Darfour, il y a des rébellions dans le Nil bleu et le Sud-Kordofan.

Armes chimiques ? En mars dernier, Amnesty International a accusé Khartoum d’avoir sans doute utilisé des armes chimiques contre des civils au Darfour et a demandé une enquête de l’Onu, qui réclame des preuves supplémentaires.

Le représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu pour le Darfour a cependant estimé, dans un rapport en avril, que la situation s’y améliorait, avec des affrontements armés moins intenses. En juillet, un rapport du Secrétaire général au Conseil de sécurité envisageait de réduire le nombre de casques bleus au Darfour de moitié début 2018.