Il est né pour être Numéro un

V.d.W. Publié le - Mis à jour le

Belgique

J'espère qu'il y aura un deuxième livre, dans vingt ans... sur ce que j'aurai encore réalisé. Je ne voudrais pas que l'on croie que je vais m'arrêter là...» Le Premier ministre tient dans les mains sa première biographie. Impressionné. Il parcourt, le sourire aux lèvres, les étapes d'une vie bien remplie. Puis, s'arrêtant sur les photos de sa prime jeunesse: «Incroyable: c'est mon fils tout craché...»

Guy Verhofstadt est très entouré. Nombreux sont les invités qui viennent se faire dédicacer l'exemplaire auprès du Premier ministre qui s'exécute. Un peu gêné, quand même: «C'est quand même pas moi qui l'ai écrit, ce livre...»

Effectivement, sous sa plume, les choses auraient sans doute été dites d'une tout autre manière. Car les deux auteurs, Olivier Mouton, journaliste à «La Libre», et Boudewijn Vanpeteghem, du «Standaard», ont dressé un portrait sans complaisance de l'homme. Les deux journalistes ont rencontré le Premier ministre à huit reprises, ainsi qu'une cinquantaine d'hommes et de femmes politiques. Mais Guy Verhofstadt a découvert la synthèse de sa vie jeudi midi.

A la lecture de cet ouvrage, on découvre un Guy Verhofstadt quasiment né pour devenir ce qu'il est aujourd'hui: Premier. Son parcours, depuis ses activités de militant chez les étudiants libéraux, est jalonné de défaites, de victoires. Ce qui frappe, d'emblée, c'est l'absolue assurance dont a pu faire preuve l'homme, aux différentes étapes de sa carrière. Comme s'il était persuadé de toujours avoir raison. Et c'est sans doute cette force qui l'a imposé à la tête de toutes les associations qu'il a fréquentées. Libéral dans les années 70, alors que la jeunesse qu'il fréquentait avait encore la tête remplie des slogans de mai 68, il plaide alors sans vergogne pour des théories libérales dont il s'est abreuvé: Friedman, Schultz, Becker, Hayek, Buchanan, Tullock. Dès lors, il l'affirmait haut et clair: il n'y a pas assez de libéralisme.

Sa carrière n'est cependant pas faite que de succès. Gravissant un à un les échelons du pouvoir (président des jeunes libéraux, président du PVV à 28 ans, vice-Premier ministre à 33 ans), il connaîtra son premier échec après les élections de 87 lorsque le Premier ministre d'alors, Wilfried Martens (CVP), choisira, reniant la parole donnée, une alliance avec les socialistes.

Même après sa victoire électorale de 91, Verhofstadt dut déchanter après avoir tenté, mais en vain, de constituer une première coalition sans les sociaux-chrétiens. C'est alors que survint cette terrible tentation, surprenante aujourd'hui, d'élargir le parti, dont il reprend brutalement la présidence, à des personnalités de droite, voire d'extrême-droite. On connaît mieux la suite: après un exil salutaire en Toscane, il reviendra en Belgique se passionner pour la politique étrangère au sein de la Commission Rwanda. Débarrassé de l'étiquette de «Baby Thatcher», il finira par convaincre et s'imposera au «16».

La biographie de Mouton et Vanpeteghem est tout sauf une hagiographie, pour un homme qui est tout sauf un saint. Le travail journalistique est remarquable: pas un détail de la vie politique du «Premier» n'est laissé au hasard. Le lecteur, non féru de politique, pourra parfois se perdre dans une multitude de détails. Mais on retiendra, surtout, la qualité d'une enquête réalisée avec minutie et professionnalisme.

«Numéro uno», par Olivier Mouton et Boudewijn Vanpeteghem, Editions Racine. 314 pages, 24,45 €. Le livre paraît simultanément en néerlandais, aux Editions Lannoo.

© La Libre Belgique 2003

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