Belgique Un groupe de scientifiques s'inquiète de la probable prolifération des robots tueurs sur les champs de guerre. Pour eux, il faut enrayer la machine avant qu'il ne soit trop tard. La Chambre des représentants doit débattre ce mercredi sur cette thématique. 

Il est loin le temps où l'on pensait que des armes complètement autonomes, et aptes à choisir décider de la vie ou de la mort de quelqu'un, étaient impossibles à mettre sur pied. Pour un groupe de 116 scientifiques, l'arrivée de ces machines de guerre dans les conflits est pour demain.

"Chaque jour, nous faisons un pas de plus vers l'intelligence artificielle, y compris dans l'industrie des armes" explique Tony Belpaeme. Ce professeur en robotique aux universités de Gand et de Plymouth fait partie d'un collège de 116 scientifiques ayant signé une lettre ouverte pour faire part de leurs inquiétudes quant aux avancées technologiques inquiétantes dans ce secteur.

Parmi cette centaine de scientifiques, se trouvent 88 Belges qui vont appeler ce mercredi le gouvernement fédéral à interdire les robots tueurs à l'échelle nationale. Les chercheurs en robotique et en intelligence artificielle (IA) demandent ainsi que la Belgique se joigne au mouvement international qui veut prohiber ces machines.

"Les missiles qui cherchent eux-mêmes leur cible ou qui visent des parties précises du corps, cela existe depuis des années" poursuit le Pr. Belpaeme, "mais enlevez la human touch, le doigt sur la gâchette, et vous obtenez des machines pouvant choisir leur propre cible et le moment d'utilisation d'une force mortelle."

Pour l'ensemble des signataires, le développement de tels systèmes armés menace gravement le droit international et les droits de l'Homme. Le recours à ces armes rendrait en effet le déclenchement d'une guerre plus probable, tandis qu'un conflit armé pourrait prendre des proportions encore jamais atteintes. C'est pourquoi, ils en appellent au bon sens et à la mise hors d'état de nuire de ces machines avant même leur arrivée, qu'ils jugent imminente. "Les grandes puissances comme les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, les Corée du Sud et du Nord en sont déjà au stade de la recherche. Nous devons les restreindre tant que c'est encore possible. Les armes complètement autonomes sont les machines rêvées par les terroristes, car beaucoup plus disponibles que les armes chimiques ou nucléaires" explique encore le Professeur Belpaeme. "Décider de la vie ou de la mort est une affaire humaine, pas celle d'un ordinateur."

L'initiative belge fait écho à des actions similaires menées au Canada et en Australie. En juillet 2015, plus de 3.000 scientifiques avaient déjà appelé à l'interdiction des armes totalement autonomes et en août 2016, 116 directeurs d'entreprises de robotique et d'intelligence artificielle, parmi lesquels Elon Musk (SpaceX, Tesla, PayPal, ...), s'étaient prononcés contre les robots tueurs.