Belgique

Près de 40 ans après une victoire historique des Flamands en Belgique qui avaient expulsé les francophones de l'Université de Louvain au cri de "Wallons dehors", le fossé reste grand entre les jeunes générations des deux communautés belges. "C'est bizarre qu'en Flandre, le français soit obligatoire (dès la 5e année de primaire NDLR) et que le flamand ne le soit pas en Wallonie", observe Sam Vandormael, membre de l'association Politika des étudiants en sciences sociales de la Katholieke Universiteit de Leuven (KUL).

Son frère Thomas, président de l'association, regrette que "tous les néerlandophones parlent le français (les deux tiers selon les études qui soulignent aussi une nette baisse de niveau, NDLR) mais pas le contraire". "En 1968, lors de la fameuse bataille de Louvain, nous avons estimé que le français n'était plus acceptable dans notre université, alors que l'anglais y prend aujourd'hui une grande place. Il y a là quelque chose d'hypocrite", reconnaît-il, mais "c'est qu'avec le français, il y a une dimension émotionnelle" pour les Flamands.

Par delà la vieille irritation linguistique, ces étudiants en sciences politiques de la KUL dressent une liste hétéroclite des sujets qui fâchent côté flamand. Refus des francophones d'une amnistie pour les faits remontant à l'occupation nazie après une épuration jugée revancharde en Flandre. Refus des mêmes francophones, par peur du démantèlement d'un service public national, qu'un représentant de la Flandre siège au conseil d'administration de la Société des chemins de fer.

Agacement encore des Flamands quand les centaines de radars sur leurs routes servent à leur faire payer des amendes versées au gouvernement fédéral, alors que côté wallon les radars sont rares. Enervement toujours quand ils assurent que chez eux le réflexe est d'abord d'aller chez un médecin généraliste, alors que les francophones iraient d'emblée chez des spécialistes, plus chers. Ce qui aurait un coût pour un système de sécurité sociale encore national.

"Bref, on paye, mais il n'existe pas de contrôle de l'argent", conclut Thomas pour expliquer les revendications flamandes d'un nouveau transfert de pouvoirs à la région de Flandre. Pourtant quand on leur demande si l'indépendance est inéluctable à leurs yeux, les jeunes Flamands semblent ne guère y croire. "Le grand rêve des Flamands radicaux, c'est de récupérer Bruxelles, mais c'est une utopie. L'indépendance de la Flandre aurait été plus facile sans Bruxelles ni le Vlaams Belang", le mouvement nationaliste flamand d'extrême droite, analyse Thomas.

Son camarade Alexander Dewaele n'est "pas pour" la séparation. "Il existe deux cultures différentes, c'est vrai. Mais la Belgique, justement, c'est spécial. Il n'y a pas de culture nationale mais des valeurs communes". Leurs homologues de l'université catholique francophone de Louvain-la-Neuve (UCL), bâtie depuis la scission de 1968-71 à 30 km au sud-ouest, de l'autre côté de la frontière linguistique, font plutôt le gros dos face à l'évident mécontentement flamand. "Ils ont une impression de manque de respect. On était dominant autrefois", admet Gauthier Cocle, trésorier de l'Association générale des élèves (AGL).

Le vice-président de l'AGL, Gaetano Termine, d'ascendance italienne et flamande, se résigne à ce que l'Etat belge aille "vers un fédéralisme de plus en plus marqué", même si les francophones eux ne sont pas demandeurs. "A un moment, il ne restera plus rien. L'Etat fédéral sera totalement vide de substance et de sens" mais "on n'arrivera jamais à une séparation", pronostique-t-il.