Belgique

La capitulation allemande en Europe ne mit pas fin à la guerre, tant s'en faut, le 8 mai 1945. La guerre se poursuivait en effet toujours en Asie et sans l'irruption de la bombe atomique, rien ne permet d'avancer qu'elle se serait terminée quelques mois plus tard. Qui plus est, il fallait également nourrir le cadre des troupes d'occupation en Allemagne. C'est pourquoi l'on continua à former des troupes à ce dessein mais également pour d'éventuelles interventions sur d'autres champs de bataille.

Ce fut aussi le cas en Belgique avec les Brigades d'Irlande, à savoir la mise sur pied de cinq brigades d'infanterie de cinq mille hommes qui furent envoyées en Irlande du Nord afin d'y recevoir un entraînement solide. Un certain nombre d'entre eux ne seraient démobilisés que de longs mois plus tard.

Une heureuse tradition veut que la fraternelle de la 5e Brigade d'infanterie Merckem se réunisse le 17 mars, jour de la Saint-Patrick, patron de l'Irlande. Jeudi, les «anciens» ont été reçus à l'hôtel de ville de Bruxelles. L'occasion d'évoquer leur aventure mais aussi de rappeler que la reconnaissance officielle de certains volontaires de guerre se fait toujours attendre.

Torpilles allemandes

Comme l'a rappelé Emile Grasser, le président national, l'envoi en Irlande s'apparenta à une épopée moderne. De tous les coins de Belgique, des trains spéciaux amenèrent les volontaires à Ostende. De là, ils s'embarquèrent en bateau puis empruntèrent le rail. Une fameuse expédition car même si la guerre était finie en Europe, les sous-marins allemands n'avaient pas été démobilisés. «Une nuit, nous fûmes mis en état de grande alerte parce que des torpilles nous frôlaient... Nous fûmes particulièrement contents d'être protégés par les Britanniques et surtout d'arriver à Belfast, le lendemain.»

En Irlande, la 5e brigade s'implanta à Armagh, la capitale spirituelle du pays, mais les hommes n'eurent pas vraiment le temps de méditer, soumis à des entraînements intensifs avec des moyens parfois rudimentaires. «Lors de notre engagement, l'on ne savait pas que les Etats-Unis utiliseraient la bombe atomique; nous nous préparions donc très concrètement, prêts même à recevoir les piqûres pour partir nous battre en Birmanie...»

Les états de service des volontaires ne sont pas contestables mais la Belgique a tardé à les reconnaître. Ce n'est que récemment, notamment sous l'impulsion d'Anne-Marie Lizin, que l'on a comblé certains oublis.

«Le dossier n'est pas clos», constate Emile Grasser. «Il y a eu certes des avancées, notamment pour la reconnaissance des statuts, avec un élargissement des périodes, mais nous dépendons toujours du bon vouloir du ministre du Budget, Johan Vande Lanotte. Il y a toujours aussi un problème pour nos amis du Luxembourg: pour l'obtention d'une rente, il fallait avoir été recruté avant le 7 mars 1945 mais en raison de la bataille des Ardennes, les bureaux n'y ont pas été ouverts avant le 15 mars»... Et d'émettre le voeu «que la Défense nationale et la commission centrale pourront faire avancer les dossiers avant que les derniers témoins n'aient disparu»...

© La Libre Belgique 2005