Belgique Eclairage

Pas extrémiste pour un cent et en aucune manière un cheval de Troie politique des partis francophones, l’Association pour la promotion de la francophonie s’efforce depuis dix ans de jeter des ponts entre la culture francophone et l’ensemble des citoyens de Flandre, quelle que soit leur langue.

Pour marquer ses deux lustres d’existence, elle a fait réaliser une étude grandeur nature par Dedicated Research sur "la pratique du français par les habitants de Flandre" dont les résultats paraissent simultanément en exclusivité ce mercredi dans "La Libre Belgique" et dans "Nouvelles de Flandre", la revue trimestrielle de l’APFF qui se double aussi depuis minuit d’un tout nouveau site internet (www.francophonie.be).

Un sondage d’autant plus intéressant qu’il permet, pour la première fois sans doute depuis la suppression du recensement décennal linguistique et en dehors de tout contexte politique ou linguistique tendu, d’évaluer le nombre précis de francophones au nord du pays.

Précision méthodologique : pour les chercheurs de Dedicated Research, sont considérés comme francophones, ceux qui déclarent que le français est leur langue maternelle et ceux dont un des parents parle le français et qui, à travers leurs réponses aux sondeurs, ont montré qu’ils le parlent aussi parfaitement.

Sur base de ces critères, le sondage a montré que la province la plus francophone était sans conteste le Brabant flamand avec 15,7 % de sa population devant la Flandre occidentale (7 %), la Flandre orientale (3,9 %), le Limbourg (3,1 %) et, enfin, la province d’Anvers avec 2,3 %.

Soit une population francophone globale de 5,9 % ; soit encore quelque 367 009 citoyens qui s’expriment (d’abord) dans la langue de Voltaire. Cette extrapolation a été obtenue comme suit, ainsi qu’a tenu à le préciser en toute clarté l’institut de sondage : compte tenu de la marge d’erreur assortie à la fréquence observée - la marge d’erreur est plus faible lorsque les fréquences observées sont plus faibles - et compte tenu de la taille de l’échantillon, la marge d’erreur pour une fréquence observée de 5,9 % est de plus ou moins 0,92 %, l’on peut dire que la proportion de francophones habitant aujourd’hui en Flandre se situe donc entre 4,98 % (306 800 francophones) et 6,82 % (420 200 francophones) de l’ensemble de la population établie sur place. Lorsqu’on ventile ces résultats par classes d’âge, on constate qu’il n’y a pas de différences fondamentales pour les 18-24 et les 25-34 ans entre francophones et néerlandophones, mais dans la classe d’âge des 35-44, il y a 30,8 % de francophones pour 19 % de néerlandophones.

Ce qui veut dire aussi que, contrairement à une idée généralement répandue, les francophones ne se concentrent pas dans les classes d’âge les plus élevées. C’est tellement vrai que du côté des 65 ans et plus, francophones et néerlandophones sont pratiquement à égalité.

Que retenir de cette pyramide des âges ? Mais que la présence de francophones ne semble pas devoir s’atténuer dans le courant des prochaines années.

Le sondage met aussi à mal une autre légende tenace à la dent dure: les francophones ne sont pas du tout opposés à une intégration puisque l’étude montre qu’il n’y a qu’un pour cent d’irréductibles francophones rétifs et hostiles à la langue de Vondel, mais inversement 83,1 % des francophones qui résident en Flandre s’expriment bel et bien aussi en néerlandais.

Et lorsqu’on pousse la curiosité à aller voir comment cela se passe dans la périphérie bruxelloise, en Brabant flamand, il apparaît quand même que trois francophones sur quatre disent parler le néerlandais. Des données qui franchissent le cap des 80% en Flandre occidentale et dans la province d’Anvers et qui montent même au maximum en Flandre orientale et dans le Limbourg.

Le sondage, enfin, apporte encore une autre donnée à ne pas négliger en ces temps de caricatures politico-linguistiques : les néerlandophones sont loin d’avoir rejeté la culture française et le français. Ainsi il apparaît qu’un tiers d’entre eux utilise le français au travail et un sur huit parle notre langue à la maison, ne fut-ce qu’occasionnellement. En outre, 54,1 % d’entre eux regardent la télé ou écoutent la radio en français et ils sont plus de 4 sur 10 à lire des journaux ou des livres francophones. Enfin, près d’un quart ont des activités culturelles francophones.