Belgique

En filigrane des échanges en commission de la Justice de la Chambre, lundi après-midi, une question qui taraude : que faire pour que la tragédie qui a endeuillé Liège ne se reproduise plus ? Comment éviter qu’un délinquant de droit commun comme Benjamin Herman, qui semble s’être radicalisé en prison, provoque un tel carnage lors d’un congé pénitentiaire ? Et, plus largement, que faire des détenus radicalisés pour qu’ils ne deviennent pas des bombes humaines à leur sortie de prison ? On a affaire, dans le cas du tueur de Liège, à un détenu encore jeune avec des antécédents jeunesse, consommateur de drogues de longue date, avec une intelligence faible et très influençable, "soit un profil que l’on rencontre souvent dans nos prisons", a souligné Koen Geens, ministre CD&V de la Justice .

Un point qui "fait peur"

Le ministre a longuement détaillé le (long) parcours pénitentiaire du détenu : condamnation, récidive, interdictions de sorties (entre 2010 et 2015, Herman est resté 5 ans sans sortir de prison), refus de libération conditionnelle et plusieurs congés pénitentiaires qui se sont bien déroulés avant le drame du 29 mai. "Je regrette infiniment les faits mais je n’ai pas le sentiment que des erreurs qui auraient absolument dû être évitées ont été commises", a indiqué Koen Geens.

Mais il est un point qui "fait peur" au ministre : l’impossibilité actuelle d’imposer à un détenu considéré comme "radicalisé mais pas contagieux" une formation, un parcours ou une médication pour le faire revenir sur la bonne voie. Il a donc glissé une piste au cours des débats : pourquoi ne pas imposer le suivi d’un tel "traitement" de déradicalisation comme condition avant l’obtention de congés pénitentiaires ou d’un régime de détention restreinte ? Reste à concrétiser cette suggestion, tant les avis divergent sur la possibilité même de "déradicaliser" quelqu’un comme sur la manière d’y parvenir.

Aller plus loin ?

L’autre grande question, cruciale pour la sécurité, c’est la sortie de prison, en fin de peine, des condamnés connus comme recruteurs, meneurs et prosélytes, qui n’ont rien à faire des congés et autres libérations anticipées; leur objectif, c’est de sortir sans avoir aucun compte à rendre. Le Code pénal ne permet évidemment pas de les maintenir en prison au-delà de leur peine.

Une mise à disposition du tribunal de l’application des peines ? C’est une mesure administrative qui est prononcée par le juge de fond, au moment de la condamnation. On pourrait envisager de l’élargir pour ceux qui n’ont pas encore été jugés, mais pour ceux qui l’ont déjà été, c’est impossible, précise Koen Geens.

Certes, les détenus dangereusement radicalisés qui sortent de prison ne sont pas lâchés dans la nature : ils sont suivis par les task forces locales, la police, la Sûreté de l’Etat. Mais faut-il aller plus loin, jusqu’à un enfermement préventif - idée glissée par le patron de la N-VA, Bart De Wever ? Le ministre souhaite créer un observatoire psychiatrique dans les prisons qui pourrait statuer sur le profil psychologique problématique des détenus en fin de peine. On pourrait alors décider de l’internement de l’intéressé, "une mesure de sécurité à durée indéterminée mais pas infinie", dit Koen Geens. "Les cas sont rares, mais je soumets ceci à votre attention."