Intégration: que veulent les migrants ?

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Belgique

Voilà un sondage qui tombe à pic Alors que l’on parle plus que jamais de l’intégration des immigrés comme on le lira encore ci-dessus, la Fondation Roi Baudouin et le Migration Policy Group viennent de rendre publics les résultats d’une première "Enquête sur les citoyens immigrés", en fait une recherche transnationale pour guider la décision politique dans de nombreux domaines de l’intégration aux niveaux local, national qu’européen. Entre octobre 2011 et janvier 2012, plus de 7 000 immigrants nés hors de l’Union européenne ont été interrogés dans quinze villes de Belgique, de France, d’Allemagne, d’Italie, de Hongrie, d’Espagne et du Portugal. Objectif de l’enquête ? Evaluer leurs aspirations et leurs besoins en matière de politiques d’intégration. Précision utile : les sondés étaient tous en situation régulière. Les résultats récoltés pourront alimenter le nouveau programme de l’Union européenne qui vise à cerner les perceptions des immigrants et à élaborer des indicateurs de référence communs pour évaluer la politique d’intégration. Du côté belge, les villes choisies étaient Bruxelles, Anvers et Liège dont 1 027 habitants ont été interrogés sur leur degré de satisfaction par rapport à leur vie, à leurs connaissances linguistiques, à leur intégration, leur situation sur le marché du travail, leur attitude à l’égard de la politique et de la citoyenneté. Bref, tous ces thèmes qui sont revenus sur l’avant-scène belge. Même si, on l’aura déjà remarqué, il n’est pas question ici d’intégrisme religieux et encore moins de fanatisme radical.

Chez nous, l’étude était coordonnée par le sociologue de l’ULB, Dirk Jacobs et le Germe, le Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l’égalité qui dépend de l’Institut de sociologie.

Le Pr Jacobs en a tiré une recommandation : "la Région bruxelloise et la Wallonie doivent vraiment envisager sérieusement de développer des parcours d’intégration avec l’accent sur l’acquisition de la langue. J’irai plus loin encore : il faudrait instituer des cours obligatoires comme ils le sont pour certains groupes de primo-arrivants en Flandre " Il faut dire que l’enquête montre que parmi les migrants à la recherche d’un emploi, un tiers voire un peu plus d’un tiers des personnes sondées dans les trois villes pointent la connaissance insuffisante des langues (nationales) comme un obstacle. Parmi les problèmes rencontrés, il y a un manque de temps, l’absence de motivation, le coût des cours, la difficulté à choisir une méthode adaptée ou encore un manque d’information. Une autre donnée est aussi interpellante : 80 % des migrants bruxellois et 77 % de ceux de Liège mais aussi 60 % des sondés anversois n’ont jamais suivi de parcours d’intégration ou de cours de langue. Soit dit en passant : le caractère obligatoire est une bonne chose. Pour être complets, on précisera que 5 % des sondés de Bruxelles et d’Anvers et 7 % des sondés de Liège jugent ces cours inutiles mais la grande majorité d’entre eux - entre 60 et 70 % - s’en disent satisfaits, qu’ils aient ou non un caractère obligatoire. Enfin, il est utile à souligner pour ceux qui seraient rétifs à l’apprentissage des langues que 53 % de ceux qui les ont suivies à Bruxelles, 47 % à Liège et 28 % à Anvers sont convaincus que l’acquisition de la langue leur a permis de décrocher un emploi. Pour le Pr Jacobs, on peut encore en tirer deux autres leçons : "Il faut veiller à ne pas rendre inutilement difficile l’accès à un permis de séjour de longue durée et à la nationalité qui sont considérés comme des instruments dans un processus d’intégration plus large, notamment pour augmenter leur degré d’implication locale et leur sentiment d’appartenance à la société belge. Ensuite, les migrants vivent les droits qui leur sont accordés comme les instruments d’une meilleure inclusion. Ils sont donc demandeurs de mesures qui favorisent leur intégration..."

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