Belgique

Petit cas vécu: chaque année, au mois de novembre, cette école très prisée organise des journées portes ouvertes. A la sortie: une grande urne où les parents peuvent demander l'inscription de leur enfant. Seulement, la boîte compte 250 demandes et... seulement 100 places sont disponibles. Autant dire que les inscriptions sont clôturées bien longtemps avant la rentrée scolaire. Et que l'école est maître tout puissant pour choisir les candidats qui lui conviennent le mieux. Dans les établissements les plus réputés, les classes sont cadenassées jusqu'à trois ans avant la rentrée!

Un avant-projet de décret signé par la ministre de l'Enseignement obligatoire, Marie Arena (PS) qu'un vent favorable a fait atterrir sur nos bureaux, vise à mettre fin à ces dérives. Il faut empêcher la discrimination à l'inscription. La question de base est sensible. In fine, il s'agit de mélanger les élèves. Envers et contre tout. Comment? Entre autres mesures (lire ci-contre), de gros changements sont envisagés pour le premier degré du secondaire.

1 Une seule période d'inscription pour tous, aux mêmes dates, pour la rentrée suivante. Il s'agit donc rien moins que d'interdire les inscriptions à l'avance. C'est le gouvernement qui fixera la date de début d'inscriptions. Le début risque d'ailleurs d'être le seul jour d'inscriptions dans les écoles prisées qui feront sans aucun doute le plein d'un coup.

Comment seront introduites les candidatures? L'avant-projet ne donne aucun détail. Rien n'est prévu. Faudra-t-il se rendre sur place? Dans ce cas, on risque de voir le trottoir de certaines écoles se transformer en camping sauvage, la ou les nuit(s) précédant la date fatidique... Ou alors, pourra-t-on s'inscrire par courrier, la date de la poste faisant foi? Mais alors comment l'école sélectionnera-t-elle les premiers arrivés, en cas de candidatures trop nombreuses pour les places disponibles? Par une main innocente?

Cette réflexion rappelle inévitablement le récent débat sur l'inscription dans l'enseignement supérieur des étudiants ne résidant pas en Belgique. Après avoir examiné toutes les solutions de départage, un tirage au sort avait été décidé. L'envisagera-t-on en secondaire aussi? Pour le supérieur, on disait que c'était le moins injuste. Ici pas?

2 Des listes avec numéros d'attente. Comment le stock de candidats excédentaires sera-t-il géré? L'idée développée dans le texte est de donner à chaque candidat un numéro. Et, au fur et à mesure que les places se libèrent, de les attribuer en suivant la liste.

Là aussi, un flou demeure sur l'application du principe. Comment seront contactées les familles pour lesquelles une place pourrait se libérer? Par téléphone? Après combien de sonneries l'école pourra-t-elle alors passer au candidat suivant sur sa liste?

Ou bien par courrier? Ici également, combien de temps l'école devra-t-elle attendre que le candidat se manifeste avant de passer outre? Toutes ces précisions sont capitales, si l'idée est bel et bien d'empêcher la discrimination aux inscriptions.

3 Entrée en vigueur dès 2007. La réflexion sur le texte est bien avancée. Il semble se dégager une réelle volonté d'aller vite.

Qu'arrivera-t-il dès lors à tous ceux qui sont déjà inscrits? Là non plus, l'avant-projet ne dit rien. Ce qui signifie implicitement que seuls seront considérés comme inscrits ceux qui auront suivi la procédure nouvelle. Autrement dit: les inscriptions déjà bouclées pourraient être annulées. Une décision qui, c'est sûr, si elle se confirme, risque de faire beaucoup de bruit!

© La Libre Belgique 2006