Belgique Isabelle Simonis lance la campagne "Libérez-vous des idées reçues" et insiste sur le fait que les métiers ne sont pas sexués.

Isabelle Simonis, ministre des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, lance une nouvelle campagne de sensibilisation contre les stéréotypes. L’an dernier, à la même époque, elle lançait un outil de comparaison de salaires, Convertis€xe . Ce site a été visité 10.549 fois depuis sa création. Un résultat un peu faible, au vu des inégalités qui persistent.

Comment expliquer qu’en 2016 l’écart salarial existe toujours?

"Il y a, en moyenne, 22 % d’écart salarial. 50 % de ces cas sont inexplicables et discriminants. 50 % relèvent des manières dont la carrière s’organise. Une grande proportion de femmes opte pour le temps partiel, des congés parentaux et des crédits temps... Elles ne progressent pas dans l’échelle. Présentes à de nombreuses fonctions, on ne les retrouve pas à des postes de direction. Les salaires sont différents aussi. C’est ce qu’on appelle le plafond de verre. On voit aussi qu’elles stagnent dans des fonctions dites subalternes et n’arrivent pas à décoller, c’est le plancher. Il y a aussi le fait que, alors même qu’elles réussissent mieux que les garçons, les filles font des choix de métiers extrêmement stéréotypés. Elles se retrouvent dans les métiers les moins bien rémunérés. Au plus il y a des salaires bien payés, au moins on retrouve de femmes."

Pourrait-on envisager de prendre des sanctions envers les entreprises qui favoriseraient les hommes?

"Lorsqu’une femme considère qu’elle a été discriminée en fonction de son sexe, elle a la capacité de signaler cette discrimination à l’Institut pour l’égalité des hommes et femmes. Il peut instruire le dossier en justice, mais ça reste compliqué. En 2011, une loi était passée pour imposer des femmes dans les CA des entreprises publiques, les entreprises belges cotées en bourse et la loterie nationale. Ils avaient une période d’adaptation, avec des sanctions à la clé. Maintenant, on remarque que le paysage se féminise fortement chez eux."

Pourtant, au niveau européen, la question de l’égalité est vivement défendue.

"Oui, il y a le traité de Rome qui prévoyait déjà l’égalité. Dix ans après, en Belgique, c’est la grève des femmes à la FN, dont on commémore cette année le 50e anniversaire. À ce moment-là, tout le monde est conscient du slogan ‘À travail égal, salaire égal’ . C’était en 1966. Nous sommes en 2016 et cette problématique existe encore. Il n’y a pas que des modifications qui doivent s’opérer au niveau du travail, au contraire. C’est à tous les niveaux sociétaux et de pouvoir qu’il faut agir (filières d’études, société, congés parentaux... )."

À la maison aussi?

"Bien sur! Mais à ce niveau-là, on peut difficilement interdire les stéréotypes par décret. On essaie de faire évoluer les mentalités. Toute l’année 2016 sera consacrée à un travail sur les mentalités. En cette journée de la femme, on lance une campagne sur les stéréotypes: Libérez-vous des idées reçues . Il y a encore, aujourd’hui, 80% des tâches ménagères faites par des femmes. Les femmes consacrent 13 heures par semaine aux soins donnés aux enfants, les hommes 5 heures, même si je vois qu’aujourd’hui de plus en plus d’hommes ont envie de jouer pleinement leur rôle de père."

Vous n’avez pas l’impression d’être une privilégiée et d’exercer un métier d’homme?

"Privilégiée, c’est certain. Ce qui est étonnant, c’est que beaucoup de jeunes que je rencontre via le projet Girls’ Day Boys’ Day , estiment qu’en politique, les femmes sont souvent identifiées comme évoluant dans un milieu masculin. Et pourtant, les quotas ont fait bouger les choses. On me répond que c’est un métier agressif et que les femmes sont faites pour rester à la maison. On voit que ce n’est pas acquis qu’hommes et femmes puissent exercer un même métier."

Une femme au ministère des Droits des femmes et de l’égalité des chances, ce n’est pas un stéréotype?

"Mon rêve, c’est que cette compétence n’existe plus. Mon parcours professionnel et mon engagement m’y ont conduite. Pour moi, cette compétence n’est pas sexuée. le fait n’est pas d’être un ou une ministre, le fait est de porter une société égalitaire. Ça n’est pas génétiquement attribué."