Belgique

Le torchon brûle plus que jamais entre Ismaël Saidi et la RTBF. On s’en souvient, le dramaturge auteur de la pièce bien connue "Djihad", s’était retrouvé dans la tourmente en début d’année après que la Région de Bruxelles-Capitale eut décidé de lui confier une partie de sa politique de déradicalisation.

La communication du ministre-président Rudi Vervoort (PS) avait tourné au fiasco et avait conduit l’artiste, soumis, par ailleurs, à de multiples pressions, à renoncer à ce projet dont on a surtout retenu la réalisation avortée de capsules vidéo devant lutter contre le développement du radicalisme religieux dans les esprits de la jeunesse bruxelloise.

Condamnation

Dans la foulée de cet échec, la RTBF avait mis au jour un jugement rendu en appel par la Justice marocaine en 2014, alimentant encore la polémique.

Sur son site Internet, en date du 12 janvier, la radio-télévision publique révélait la condamnation d’Ismaël Saidi pour escroquerie et émission de chèques en bois, à la suite d’une plainte déposée par un ex-collaborateur à lui. Sentence : quatre mois de prison avec sursis.

Ce sujet avait fait l’objet d’un reportage diffusé au journal télévisé du soir. Celui-ci reste en travers de la gorge du metteur en scène qui menace ni plus ni moins la RTBF de poursuites devant le tribunal civil pour "atteinte à l’honneur".

L’intéressé ne souhaite pas commenter la chose et laisse à son conseil, Me Alain Berenboom, le soin d’expliquer les fondements de cette démarche qui, pour l’heure, en reste au stade de la mise en demeure et de la tentative d’accord l’amiable" , selon les termes de l’avocat bruxellois.

"M. Saidi a été très choqué du traitement réservé à ce fait divers datant de 2010 , poursuit l’avocat . La RTBF a failli à une règle déontologique de base : recouper l’information, la vérifier et surtout donner la parole aux deux parties concernées par le litige."

Selon Ismaël Saidi, l’affaire n’est, en effet, pas aussi simple que laissait penser la lecture (et la diffusion brute) du jugement marocain.

Selon lui, les chèques lui avaient été volés par son adversaire. Une plainte antérieure à la tentative d’encaissement desdits chèques en attestant. De plus, le montant du différend (quelque 35 000 euros) avait été provisionné par lui-même au Maroc au début de la procédure judiciaire.

Selon cette version, Ismaël Saidi n’avait donc escroqué personne et devait surtout sa condamnation au fait que, de retour en Belgique, il n’avait plus suivi la procédure qui le concernait à Casablanca.

"Nous avons fait notre métier"

"Ces éléments étaient très faciles à vérifier et à récolter puisque le journal "Le Soir" en a fait état dès le lendemain , rappelle Alain Berenboom. Consciente du problème, la RTBF a réalisé une interview de M. Saidi mais le montage, diffusé le 16 janvier, a escamoté les principaux éléments de sa version des faits. Nous avons donc un article et deux reportages à charge donnant l’impression que la RTBF a cherché à nuire à mon client."

M. Saidi reproche par ailleurs à la RTBF d’avoir réinterrogé Rudi Vervoort sur cette polémique par la suite.

Dans son courrier du 28 janvier, son avocat réclame une rectification et le retrait ou la modification de l’article et des reportages des sites Internet de la RTBF.

"Nous avons fait notre métier d’information" , réplique Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF. Il rappelle que M. Saidi avait été contacté en vain à l’occasion du premier reportage. "Nous l’avons ensuite relancé afin qu’il expose sa version des faits, qui fut diffusée le 16 janvier."

La RTBF se tient donc droite dans ses bottes, estime-t-il. Cette appréciation des faits a été couchée sur papier à l’attention de Maître Berenboom, qui, lundi, évaluait avec son client les suites à donner à cette fin de non-recevoir.