Belgique Le policier à Istanbul estime avoir bien traité le dossier El Bakraoui.

Aurait-on pu intercepter à son retour Ibrahim El Bakraoui, lorsqu’après un séjour en Syrie, la Turquie l’a refoulé le 14 juillet 2015 vers l’aéroport de Schiphol ?

A entendre Jan Jambon, le ministre de l’Intérieur, le 25 mars 2016 au Parlement, la réponse était clairement "oui". Il rejetait la faute sur l’officier de liaison de la police belge en Turquie, Sébastien Joris, qui, selon lui, avait manqué de proactivité.

Deux jours plus tôt, le président turc Erdogan avait fait état publiquement de cette expulsion d’Ibrahim El Bakraoui. Ce qui avait mis la pression sur les autorités politiques belges.

Sébastien Joris avait déjà justifié son intervention dans le dossier El Bakraoui à huis clos devant la commission attentats.

Il l’a répété en public vendredi. Il estime avoir traité ce dossier en "âme et conscience", comme il devait le faire.

Son patron, Peter De Buysscher, le croit également : tout au plus estime-t-il que, s’il avait été à la place de son subordonné, il aurait, "vu mon tempérament", donné un coup de téléphone en plus. Mais, ajoute-t-il, cela n’aurait pas fait de différence…

Détails à l’appui, ils ont expliqué combien il était difficile de travailler avec les autorités turques. Celles-ci ne communiquaient que de manière très parcellaire sur les arrestations.

"21 El Bakraoui potentiels"

Et, quand elles répondaient aux demandes d’informations, il était généralement bien trop tard. La personne arrêtée avait déjà été refoulée. "Nous ne recevions pas l’information en temps utile sur les refoulements. Pour 21 des 35 arrestations dont nous avons été informés, c’était trop tard. Ce sont donc 21 El Bakraoui potentiels", a expliqué le commissaire De Buysscher.

Il a expliqué qu’en cas d’expulsion, les Turcs ne le signalaient parfois que moins d’une heure avant le décollage. Le canal choisi par les Turcs n’était pas le plus adéquat. C’était l’ambassade : pas question de passer par un organe de police, comme Europol ou Interpol, qui peuvent lancer des alertes Flash, informant instantanément tous les services de police.

Pourtant les Turcs disposaient parfois d’informations extrêmement précises : trois mois après les attentats de Bruxelles, des journaux turcs ont ainsi fait état d’informations au sujet d’observations policières et d’écoutes téléphoniques réalisées sur Ibrahim El Bakraoui et ses coauteurs, a expliqué le commissaire De Buysscher, en brandissant le journal.

"Si nous avions alors obtenu ces informations, je ne dis pas que l’on aurait évité les attentats, mais nous aurions pu travailler sur El Bakraoui et on ne parlerait pas de nos responsabilités", a-t-il conclu.