Belgique

Le Mouvement des jeunes socialistes ne cache pas son ire à l’égard du Conseil de la jeunesse francophone. En cause : "une surprenante courbe rentrante face au problème de l’avortement. Après avoir refusé de signer un appel européen qui défendait le droit à l’IVG, le Conseil a pris une position plus que timorée sur un droit humain consacré par moult textes internationaux et la loi belge" . Dans la foulée du dépôt du projet de décret sur l’éducation affective et sexuelle à l’école, le Conseil de la jeunesse a mené une réflexion approfondie sur l’avortement et a publié un avis étayé. Pour l’organe de représentation et de consultation des jeunes de Wallonie et de Bruxelles "la question de l’avortement est un enjeu de société essentiel pour les jeunes. Les derniers chiffres de la Commission d’évaluation de 2010 ont montré que près d’un IVG sur cinq touche des femmes de moins de 20 ans et la majorité des avortements se pratique entre 20 et 24 ans. Face à ce constat, le Conseil désire soutenir la loi de 1990, un acquis social qui ne doit absolument pas être remis en question. Car une interdiction légale de l’avortement n’a pas d’influence sur le nombre d’avortements pratiqués et les clandestins sont un risque de santé majeur pour les femmes et la cause d’inégalités sociales importantes" . Le Conseil de la jeunesse a également rappelé dans le détail les conditions pour une IVG. "Si une jeune femme fait le choix douloureux d’avorter, ce doit être le fruit d’un réel consentement. Ceux qui auraient poussé à une IVG non consentie sont passibles d’une peine de prison de cinq à dix ans." Le Conseil considère également que "l’IVG ne doit pas devenir un acte contraceptif mais rester une solution exceptionnelle" .

Un constat du Conseil : le droit à l’avortement ne fait pas l’unanimité en son sein. Pour certains, c’est un droit humain fondamental si on se réfère à la Déclaration des droits de l’homme et à la Cour européenne sans parler du rapport du Comité des droits de l’homme de l’Onu qui veut pour toutes les femmes un droit d’accès à l’avortement. Mais aux yeux d’autres membres, le droit au contrôle de la santé reproductive doit idéalement être assuré par la contraception. Puis, l’avortement, "parce qu’il implique une décision concernant ce qui pourrait devenir le corps d’un autre être humain, ne peut être réduit à la disposition par la femme de son propre corps" . Conclusion : "L’avortement ne peut être considéré comme un droit de l’homme comme les autres." Enfin, "des motifs financiers ne devraient pas influencer le choix d’avorter" . Or, "beaucoup de femmes sont obligées d’invoquer des difficultés financières, professionnelles ou de logement pour justifier un état de détresse" .

Pour le président du MJS, "le Conseil de la Jeunesse ne soutient la loi belge que du bout des lèvres" . "On ne donne pas son soutien à une loi, on l’applique" , dit David Cordonnier qui va plus loin : "Le CJ insiste sur de nombreux principes de la loi, afin de réduire l’aspect universel et humain du droit à l’avortement. Nous nous étonnons que d’aucuns renient le droit à la femme de disposer de son corps. Serait-on revenu aux temps obscurs des sociétés machistes et phallocrates où l’on considérait la femme comme un seul outil de reproduction ?" Plus étonnant encore : " Des acteurs tels que la Marche pour la vie, une association rétrograde avec des accointances avec l’ultraconservateur archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Léonard ont été invités à plaider leur cause au sein du Conseil". Sans jeter l’opprobre, le MJS se demande si le conseil reste représentatif des jeunes Wallons et Bruxellois. C’est pourquoi, il prône "une grande réflexion sur la composition et le processus électoral du Conseil de la jeunesse" .