Belgique

Isabelle Durant est au centre de toutes les attentions. Sa décision de sceller une alliance avec la liste MR de Bernard Clerfayt à Schaerbeek malgré un accord préélectoral avec le CDH et le PS - un accord tenu secret jusqu'au soir des élections - a mis les socialistes hors d'eux. Ces derniers ont chèrement fait payer cette "trahison" à Ecolo dans d'autres communes, en tout cas à Bruxelles-ville où les verts, emmenés par l'échevin Henri Simons, ont été débarqués manu militari de la coalition. Le CDH n'a pas apprécié non plus. Denis Grimberghs, la tête de liste à Schaerbeek, s'estime doublement trompé : non seulement l'accord préélectoral a été rompu de façon unilatérale, mais en plus Ecolo n'a pas prévenu le CDH de sa volonté de signer avec Bernard Clerfayt alors que les deux partis avaient convenu de ne rien faire sans consulter l'autre. "Un lieu où l'on devait se rencontrer dimanche avait même été fixé trois jours avant les élections", affirme-t-il.

Le geste d'Isabelle Durant a aussi provoqué une certaine grogne à l'intérieur d'Ecolo. Henri Simons, principale victime de la manoeuvre, a été jusqu'à demander la démission de celle qui est aussi secrétaire fédérale du parti. Il lui reproche non pas d'avoir rompu l'accord préélectoral (il admet qu'avec 24 sièges sur 47, une alliance PS-CDH-Ecolo à Schaerbeek est trop juste), mais la manière de le faire. Pour lui, Isabelle Durant aurait dû avertir les autres signataires de l'accord avant de le rompre ainsi que les ténors d'Ecolo dans les autres communes qui risquaient d'en subir les conséquences.

Isabelle Durant ne se laisse pas démonter. Elle répond point par point aux critiques. Entretien.

Ecolo est-il au bord de l'implosion ?

Non. Cela ne correspond pas à la réalité. Nos résultats sont plutôt bons par rapport à 2003 et 2004. Il y a une discussion sur la décision prise à Schaerbeek. Mais pas d'implosion. Notre volonté est maintenant de mettre les choses au clair.

Avez-vous, comme l'a dit Henri Simons, privilégié l'intérêt local à l'intérêt général du parti ?

Je comprends la déception d'Henri, qui n'est plus échevin malgré l'énorme boulot qu'il a réalisé à Bruxelles. Mais on ne peut pas dire que j'ai ignoré l'intérêt du parti. Y a-t-il vraiment eu un effet domino comme on l'a dit ? J'ai de bonnes raisons de croire que de nombreuses alliances à Bruxelles étaient réglées avant les élections.

Peut-être pas à Bruxelles-ville...

Peut-être pas à Bruxelles-ville. Et encore. Je n'en suis pas sûre.

On vous reproche surtout la manière de conclure votre alliance avec le MR, de l'avoir ficelée toute seule dans votre coin...

Les contacts n'ont pas manqué lors de cette soirée. J'ai peut-être commis quelques maladresses, mais sur le fond, cela ne change rien : j'assume la décision.

Pourquoi avoir signé si vite avec Bernard Clerfayt ?

Des décisions rapides, il y en a lors de toutes les soirées électorales. Pour des raisons de surenchère. En politique, il faut parfois battre le fer quand il est chaud. Du reste, ce n'est pas nous qui avions la main, c'est Bernard Clerfayt. Et lui, il voulait aller vite. Il craignait peut-être que Laurette Onkelinx, ayant annoncé son arrivée à la maison communale, mette la pression par ailleurs.

Denis Grimberghs (CDH) dit que vous aviez convenu de vous consulter avant toute décision...

J'ai eu un contact avec lui. A 18 h 59 précisément. La trace se trouve encore dans mon GSM. Denis Grimberghs a pu l'oublier. La soirée de dimanche a été un peu folle. Mais cela ne change rien à la donne. L'accord tel qu'il avait été pensé n'était pas tenable. Bernard Clerfayt disposait d'une importante majorité de sièges et n'a pas souhaité avoir deux partenaires.

Vous aviez signé un accord préélectoral avec le PS et le CDH, que vous avez gardé secret. Ce n'est pourtant pas le genre d'Ecolo ?

Notre volonté était de travailler dans la logique de l'olivier régional (NdlR : accord entre PS-CDH et Ecolo). A un an des élections, nous voulions préparer à l'avance des scénarios pour installer ce genre d'alliances dans certaines communes bruxelloises. Mais l'électeur en a décidé autrement à Schaerbeek. Il y a encore des élections dans ce pays. Heureusement.

Mais les accords préélectoraux secrets sont contraires à vos statuts ?

Oui. Peut-être. Mais la politique, c'est aussi préparer les choses. Jusqu'où fallait-il aller ? Cela peut se discuter. On en discutera d'ailleurs. Ce que je retiens, c'est que le choix de l'électeur a été respecté. C'est le plus important. Dans certains endroits, des accords, secrets ou non, sont imposés aux citoyens. Ce n'est pas le cas à Schaerbeek. Je me sens dès lors très à l'aise.

Vous n'en signerez plus à l'avenir ?

Ça, on verra bien.

© La Libre Belgique 2006