Belgique Le trafiquant d’armes est condamné à trois ans de prison. Mais le tribunal ne lui confisque pas 8,5 millions d’euros.

Cet homme est une légende dans le milieu du trafic d’armes et du renseignement. Jacques Monsieur, alias "le Renard" ou "le Maréchal", est un des trafiquants d’armes - il préfère dire marchand d’armes - les plus connus au monde.

Ses incursions dans ce business sulfureux lui ont déjà valu des condamnations avec sursis en France et en Belgique. Il a aussi tâté des geôles iraniennes et américaines pour trafic d’armes.

Déjà condamné, Jacques Monsieur risquait donc gros dans le dossier qui lui a valu de se retrouver devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

La représentante du ministère public avait requis deux ans de prison contre lui ainsi qu’une amende à l’appréciation du tribunal, signalant que la sanction financière pouvait aller jusqu’à un million d’euros.

Le tribunal est allé plus loin dans la peine de prison : 3 ans ferme. Et elle a infligé une amende de 300 000 euros. Mais, malgré la hauteur de l’amende, on peut dire que Jacques Monsieur ne s’en tire pas trop mal. Le tribunal n’a en effet pas accédé à la demande de confiscation formulée par le procureur fédéral Véronique Mélot. La magistrate avait cité le montant de 8 536 032 euros. Le tribunal a estimé que le parquet fédéral n’a pas apporté à suffisance la preuve que Jacques Monsieur avait tiré un avantage financier de ses activités d’intermédiaire en matière de ventes d’armes.

Le tribunal n’a pas plus accédé à la demande d’arrestation immédiate de Jacques Monsieur, qui n’avait pourtant pas fait le déplacement pour entendre le jugement.

Le tribunal a estimé que le fait qu’il soit de nationalité belge et qu’il vivait dans un pays européen - il a un haras dans le Midi de la France - ne justifiait pas une telle demande.

Un acteur de l’Irangate

Rien ne semblait prédestiner Jacques Monsieur, fils d’un notaire de Hal, au trafic d’armes. Après avoir étudié le droit, devenu officier de réserve, il s’est initié jeune à l’art équestre au Portugal. Ce sera là une passion qui ne le quittera plus. Il élève des étalons lusitaniens dans son haras.

Ses premières incursions dans le marché des armes datent des années '80 lorsqu’il a permis à l’Iran d’obtenir le matériel militaire que les Etats-Unis ne voulaient plus lui vendre après la prise de pouvoir des ayatollahs.

On le retrouvera impliqué dans des ventes d’armes au Congo-Brazzaville et aux protagonistes de la guerre qui a ravagé l’ex-Yougoslavie dans les années 90. Il a toujours prétendu avoir agi en bonne intelligence avec les services de renseignement occidentaux qu’il pouvait approvisionner en informations.

Il prétendait être retiré des affaires, affirmant qu’il ne faisait plus que réorienter les personnes qui continuaient à solliciter ses services vers des sociétés ayant pignon sur rue.

Mais l’enquête a montré qu’il avait vendu des tanks, des pièces de rechange, des cartouches, des fusils d’assaut, de jets ou encore d’hélicoptères à la Guinée-Bissau, la Libye, le Tchad, le Pakistan, la Mauritanie, l’Indonésie ou l’Iran.