Belgique

On s’attendait évidemment à des choses mais pas à des frappes aussi violentes sur le personnel. Cette annonce me laisse sans voix et en colère.” Ces mots de Delphine Latawiec, la secrétaire nationale de la CNE Commerce, qui a assisté au conseil d’entreprise (CE) extraordinaire, résume l’état d’esprit des représentants du personnel de Carrefour Belgique. “On est quasiment dans le même scénario qu’en 2010 (lors de la précédente restructuration, NdlR), après pourtant huit ans de gel de salaires, d’efforts consentis par le personnel. On est dans la dure réalité capitalistique”, soupire la permanente.

“Je suis lasse qu’on restructure chez Carrefour. L’histoire se répète et les recettes sont les mêmes”, lance Myriam Delmée, vice-présidente du Setca-BBTK en charge du commerce qui, comme permanente syndicale, en est à sa troisième restructuration au sein du groupe. “Il y a eu 2007 puis 2010 où 1 700 personnes sont parties et maintenant… Des coupes sombres de plus de 10  % des effectifs à chaque fois. Ce jeudi, la direction a eu l’insolence de débuter sa présentation en remerciant le personnel pour ses efforts après 2010 ! On est face à des gens qui n’en ont rien à foutre du personnel”, fulmine-t-elle.

Plus grave qu’en France

“C’est terrible, beaucoup plus lourd que ce qu’on avait imaginé (une version light du plan français). Au contraire, c’est plus grave en Belgique avec des magasins fermés ou impactés”, estime pour sa part Tom Van Droogenbroeck, responsable national ACLVB – CGSLB. “Le personnel est triste, en colère. Il se dit : ‘nous, encore une fois.’” Des réactions des travailleurs de Carrefour qui se sont traduites par des arrêts de travail jeudi après-midi dans dix hypermarchés dont ceux d’Evere, Soignies, Froyennes, Basilix (Koekelberg) ou Haine-Saint-Pierre.

Une annonce très floue

Comme ses deux homologues, le responsable du syndicat libéral regrette l’attitude de la direction lors du CE extraordinaire qui “n’a donné que très peu d’explications sur le plan, générant alors une foule de questions. Nous voulons du concret !” “C’est un vrai scandale ce manque de précision. On nous dit, par exemple, qu’on va mutualiser le service achats, massifier les commandes en partenariat avec la France. En attendant d’en savoir plus, le personnel va se regarder en chiens de faïence”, signale Myriam Delmée.

La direction a établi un calendrier de réunions de négociation. La première est prévue le 31 janvier et les suivantes chaque mercredi. “Trop rapide et trop serré. Cela ne nous laissera pas assez de temps pour consulter la base”, protestent les trois organisations syndicales. Elles vont essayer de l’assouplir. Leur objectif commun est clair : limiter au maximum le nombre de licenciements secs. “Et nous ne sommes pas prêts à brader les conditions de travail”, prévient Delphine Latawiec.